Aneau. Description philosophale des oiseaux, p
2. Legier, in Mém. de l'Académie Celtique, 1805, t. II, p. 204-205.
3. E. Ilulland. Faune pop., t. III, p. 21-22 ; Revue des langues romanes, t. IV, p. 318; E. Rolland, t. II, p. 270.
LE CHANT DU ROSSIGNOL i 63
de sa jambe , et quand il se réveilla il eut beaucoup de mal à se déprendre ; voilà pourquoi tant que la treille pousse, il chante jour et nuit. En Forez c'est à la suite d'une mésaventure analogue arrivée autrefois à l'un des leurs que ses frères résolurent de chanter toute la nuit pour se tenir éveillés1. On dit la même chose dans les Deux-Sèvres, et en Franche-Comté, où l'on interprète son chant, il crie au vigneron : « Teille vite, teille vite, qui peuille dormi » ; dans le Morvan, il répète à ses petits : La vigne au mois de mai pousse (ter) vit' (7 fois)2. En Périgord, il s'endormit autrefois sur une branche d'arbre où il y avait une clématite dont les vrilles s'entortillèrent si bien autour de ses pattes qu'il ne put s'envoler ; aussi il chante : Dormirai pu, pu, pu, pu, me toursounaïo la vi (la vigne m'entortillerait) ; en Dauphiné l'arbre enlaceur est un chèvrefeuille'; en Agenais c'est un liseron qui senroula au pied de l'oiselet endormi sur un rameau de vigne ; un oiseau coupa la plante avec son bec, et le rossignol s'envola en disant : Mi pausarèi plus, plus, plus, sur la ramo de vil ! Je ne m'y poserai plus, plus, plus, sur le rameau de vigne3. Les paysans berrichons racontent que l'anœil avait autrefois d'excellents yeux ; le rossignol qui en était alors dépourvu, les lui ayant empruntés pour assister à la noce d'une fée, ne voulut plus les lui rendre au retour. Depuis le rossignol chante jour et nuit pour adoucir les chagrins de son trop confiant ami. Dans l'Allier, l'orvet prêta aussi ses yeux au rossignol qui promit de les lui restituer à la chute des feuilles de ronces ; ces feuilles étant persistantes, l'orvet est toujours aveugle 4.
Les paysans qui savent que le coucou cesse de se faire entendre vers la fin de juin, attribuent son départ à diverses causes : assez souvent il est motivé par le souvenir de mésaventures anciennes : en Haute- Bretagne, il s'enfuit, dit-on, dès qu'il entend battre les faux, parce qu'il fut blessé jadis d'un coup de cet instrument5. On raconte en Poitou qu'au temps des moissons, la pie faisait la charretée tandis que le coucou donnait les gerbes, et la bavarde répétait toujours : « Cha quatre ! (par quatre) » à son compagnon qui approchait lentement une gerbe unique. A la fin le coucou s'impatienta et chargea plus amplement sa fourche. La pie s'empressa à son tour, mais bientôt elle ne put suffire, la gerbe lui échappa et alla tomber si malheureusement sur le dos de son
1. Achille Millien, in Rev. des Trad. pop., t. I, p. 177 ; Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou, p. 515 ; V. Smith, in Romania, t. VIII, p. 122.
2. Léo Desaivre. Croyances, p. 26; Perron. Proverbes de la Franche-Comté ; J. -G. Bulliot, in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 267.
3. E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 271, d'à. Les Poésies pop. de la France; A. Ferrand, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 149 ; Antonin Perbosc, in La Tradition, 1904, p. 376.
4. Laisnel de la Salle. Croy. du Centre, t. II, p. 245 ; E. Rolland, 1. c, p. 22,
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pourvoyeur qu'elle lui cassa le cou. Depuis, le coucou s'en Va dès que l'on met les faucilles dans l'orge, de peur d'être encore employé aux travaux de la moisson1. Le début d'une légende nivernaise est le même, et la pie crie au coucou: «Boute ichi ! boute lai ! ». Le coucou ne pouvant aller assez vite, jeta sa fourche et s'enfuit au mépris de son engagement, ce qu'il fait encore cbaque année pour éviter de travailler2; en Béarn c'es1 aussi parce que la pie l'a forcé autrefois de courir en l'importunant de son cri : Garba ! qu'il s'en va avant la saison des gerbes 3. La première fois que le coucou vint en Bretagne, il fit son nid comme les autres oiseaux, puis, tout joyeux, il alla se promener dans une prairie ; une charretée de foin lui passa sur le corps, et lui brisa les reins ; c'est pour cela qu'il a le derrière cassé et qu'il vole lourdement ; par crainte d'un nouvel accident, il émigré quand les foins sont mûrs. La tourterelle revient aussi en Armorique vers la Saint-Jean, au moment où l'on fauche. Au temps jadis, elle prit le coucou à son service pour ramasser son foin ; mais un jour il resta embourbé avec sa
charretée ; la tourterelle se mit à le gourmander en criant : « Troue !
troue ! oue !» ; le coucou fit de si grands efforts qu'il faillit se casser
les ailes. C'est depuis ce temps qu'il a les ailes élargies, tandis que
celles des autres oiseaux sont resserrées: maintenant, dès qu'il entend
la tourterelle, il s'enfuit4. Dans la vallée d'Aoste, il cesse de chanter
quand il voit les meules de foin dans les prés, parce qu'un de ses
ancêtres fût brûlé dans un tas de foin B.
D'après une autre série légendaire, le coucou est un débiteur qui
refuse de s'acquitter : on dit en Bas-Limousin que n'ayant plus de blé,
il en emprunta à la tourterelle, en promettant de le lui rendre à la
moisson ; mais quand elle fut faite, il s'en alla sans l'avoir restitué. De
là est venu ce dicton :
A la proumieira javela Lou coucu quita la terra.
Les paysans franc-comtois racontent que cet oiseau, n'ayant rien à manger, devint si maigre qu'on dit encore aujourd'hui : Maigre comme un coucou. Pour vivre, il fut obligé d'emprunter deux mesures de blé ; il les doit encore. C'est pour cela qu'on ne voit jamais le coucou pendant le mois d'août; aussitôt qu'il entend battre les faux et les faucilles, il quitte nos paysr'. Dans le Nivernais, il n'a pas non plus rendu le grain qu'on lui avait prêté ; dès qu'approche la moisson, il