‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 150 sur 491 · LE DÉPART DU COUCOU · texte numérisé non relu

LE DÉPART DU COUCOU

s'enfuit pour éviter de nouvelles réclamations, et aussi parce qu'il craint d'être châtré par les faucheurs qui l'en ont menacé. Il fiente sur la première meule de foin et part. On dit en proverbe de quelqu'un qui a les yeux tendres, qu'il les a rouges comme un coucou ; une légende nivernaise en explique l'origine. Lorsque le coucou et la pie exploitaient un domaine en commun, l'orage était menaçant un jour qu'ils avaient donné congé à leurs ouvriers ; ils allèrent ramasser le foin sur le pré, et le coucou passait le foin trop lentement au gré de la pie ; quand la charretée fut à la maison, la Margot se posta à l'entrée du fenil; mais le coucou n'allait pas assez vite. Alors la pie lui dit de prendre sa place : elle lui passa du foin avec tant de rapidité que bientôt la charrette fut déchargée, mais la poussière et la chaleur étaient telles que les yeux du coucou devinrent et restèrent rouges comme du sang. Il rompit son association avec la pie ; mais elle ne cesse de le lui reprocher et toutes les fois qu'elle l'aperçoit, elle lui crie : « Coucou, tu as les yeux rouges ! ». C'est cette insolence de la Margot qui l'oblige à quitter le pays trois mois après son arrivée l.

On dit dans les Vosges que le coucou cesse de chanter dès que les fraises mûrissent ; à la première qu'il mange, il a la voix coupée. Suivant un dicton de Guernesey, s'il s'en va eu août, c'est que :

La barbe d'orge, Lui coupe la gorge2.

Ce oiseau subit aussi une métamorphose à laquelle on croit encore dans beaucoup de campagnes. Comme il ressemble par son plumage à différents oiseaux de proie qui sont à peu près de la même grosseur que lui, on s'est figuré qu'à une certaine époque, lorsqu'il cesse de chanter, il devenait oiseau de proie ; un dicton de la Seine-Inférieure

y fait allusion :

Entre juin et juillet

Le coucou devient émouchet.

Il reprend sa forme première au printemps et revient dans nos contrées sur le dos du milan 3.

En plusieurs pays, le pivert est appelé l'avocat ou le procureur des meuniers ; son nom et l'interprétation de son chant indiquent qu'il implore la pluie qui, suivant la croyance générale, peut seule le désaltérer4. Des légendes expliquent pourquoi il est ainsi puni : les

Page 1