‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 19 sur 491 · ASSOCIATIONS ANIMALES · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS ANIMALES

portes sous prétexte qu'elle boit celle des vases sacrés1.

Les gens de campagne, loin de considérer les bêtes comme de simples machines, leur attribuent divers actes qui supposent un raisonnement.

En Poitou, dans la Bresse, et en bien d'autres pays, on dit que quand le renard est rongé de puces, il prend dans sa gueule une grosse poignée d'herbes sèches et progressivement se plonge dans l'eau jusqu'au bout du museau. Les insectes sautent sur le bouchon pour ne pas se noyer, quand ils y sont réunis, le renard lâche l'herbe qui tombe à l'eau, puis il se sauve. Cette croyance est rapportée sans autre changement que celui de la forme, par un auteur du XIIIe siècle, et il parle aussi de la subtilité encore attribuée à l'écureuil qui, lorsqu'il a un cours d'eau à traverser, se place sur un morceau de bois, et, se servant de sa queue comme d'une voile, ne tarde pas à arriver à l'autre bord -.

On raconte aussi des traits qui ne sont pas individuels, mais qui se rapprochent de la jolie fable des Deux rats. Ceux-ci, ayant trouvé un œuf, se disposaient à le manger,

Mais quelqu'un (le Renard) troubla la fête... Comme ils pouvaient gagner leur habitation, L'écornifleur étant à demi-quart de lieue, L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras, Puis malgré quelques heurts et quelques mauvais pas, L'autre le traîna par la queue 3.

Quelques récits parlent d'animaux formant une sorte de société et qui, pour ramasser leurs provisions, se servent du même procédé. On dit dans le Finistère que lorsque les blaireaux ont fait la nuit, au clair de lune, leur cueillette de petits pois, dont ils sont très friands, le plus grand se met sur le dos, les autres empilent entre ses quatre pattes qu'il tient droites en l'air, les gousses de petits pois ; quand le chargement est complet, les autres blaireaux s'attellent à sa queue et le traînent jusqu'au terrier où ils amoncellent leur butin *. Suivant un auteur du XVIIe siècle, les marmottes des Alpes agissaient de même : lorsque les herbes destinées à garnir leur terrier d'hiver étaient sèches, l'un d'eux se couchait sur le dos, ses compagnons le chargeaient tant qu'il pouvaitembrasser entre ses quatre pattes, après quoi ils le prenaient par la queue et le conduisaient ainsi jusqu'à la porte de la tanière ; c'est ce qui fait que la plupart de ces animaux ont le dos tout pelé '. En dehors de ces opérations collectives entre les bêtes d'une même

1. Aneau. Descrip. phil. des oiseaux, p. 28; Alfred Harou. Le F.-L. de Godarville, p. 16-17, d'après G. de Chenille.

2. Léo Desaivre, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 708; Paul Sébillot. Contes des provinces de France, (Bresse), p. 320; Gervasius de Tilbury. Otia imperialia, éd. Leibnitz, p. 983, 981.

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