H. Le Carguet, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p
5. Bordelon. Divers itez curieuses. Amsterdam, 1699, in-12, huitième partie, p. 186.
. les rapports sociaux tiennent peu de place clans le folk-lore, à en juger par le résultat négatif d'une enquête récente et la rareté des
témoignages écrits. Les forestiers parlent toujours d'une habitude d'un carnassier qui ligure à titre épisodique dans les contes, et qui est ainsi enregistrée par un ancien écrivain cynégétique : Quant à l'astusse et linesse du loup, ils ont couslume au soir de hurler, pour s'assembler tous ensemble1. On prétend dans la Gironde que les renards chassent à deux, la nuit, le lièvre ou le lapin ; le plus robuste poursuit le gibier, l'autre l'attend au carrefour; si ce dernier manque la proie, le second arrive et le mord à belles dents -.
D'après une croyance qui jusqu'ici semble particulière à la Basse- Bretagne et qui ne s'applique qu'à une seule espèce, les plus redoutables des fauves de France ont une sorte de parlement et même de congrès pour l'élection de leur chef. On trouve dans beaucoup de localités, le carrefour du loup : ces bêtes s'y rassemblent à certaines époques de l'année, pour s'entretenir de leurs affaires, se raconter leurs exploits ou tramer de nouvelles scélératesses. On montre à Sibiril un carrefour où ils accourent de tous les bois du pays, à la mort de leur roi, pour lui choisir un successeur, auquel ils donnent ironiquement le nom de roi des brebis3.
Les associations entre individus appartenant à des espèces différentes, assez communes dans les contes, figurent rarement dans le folk-lore : dans le Finistère, les blaireaux vivent dans les mêmes terriers que les lapins ; il en est de même en Poitou, et de plus le blaireau protège contre le renard son ami le lapin '*.
Les paysans traduisent les cris, les plaintes ou les chants des bêles de toute nature par des phrases ou des rimes, souvent ingénieuses ou amusantes, qui en sont une imitation ou une charge. En ce qui concerne les mammifères sauvages, que les contes et même les légendes représentent comme prenant fréquemment la parole, cette sorte de langage n'est attribué qu'à deux espèces de rongeurs: Le rat et la souris, pris par le chat, implorent sa pitié en le traitant de cousin ; dans le Bouergue, ils lui disent: Couzi, couzi, laisso-mi ! à la môme supplication le chat, suivant un conte béarnais, répond : N'y a pas, perdiou, cousys, ni cousyes, hoou ! Il n'y a, pardieu, ni cousins, ni cousines, holà '
1. Jean de Clamorgan. La Chasse des Loups, 1597, io-f°, p. il.