Guillaume Bouchet, 1. c
6. Maison rustique, 1597, t. I, c. 21; E. Sue. Kernok le Corsaire,
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grande vertu curative. Voici, dit-on en Normandie, comment on petit se la procurer : Si l'on crève les yeux aux petits d'une hirondelle, elle va chercher sur le bord de la mer une petite pierre avec laquelle elle leur rend la vue. Celui qui est assez heureux pour la trouver dans le nid, possède un remède miraculeux ' .
Les métamorphoses d'hommes en oiseaux figurent assez souvent dans la tradition populaire ; suivant des légendes que j'ai données au début de ce chapitre, les chouettes doivent leur origine à des gens qui ont subi ce changement en punition de leurs désirs immodérés.
Dans une série plus nombreuse de récits, la métamorphose est temporaire et elle se produit à la suite d'opérations magiques. Quelquefois il suffit pour l'opérer d'enfoncer une épingle dans la tête de la victime, qui reprend sa forme première dès qu'elle en a été débarrassée : la jeune mère d'une légende bretonne devient un petit oiseau bleu, quand sa marâtre lui a percé la tempe gauche avec une épingle noire ; dans une variante, une aiguille noire qui lui traverse la tête la change en cane ; la méchante marraine d'un conte basque transforme sa filleule en une jolie petite colombe en lui traversant le front avec une épingle de fer; un seigneur, probablement un enchanteur, charge un jeune homme qu'il a pris à son service de garder ses oiseaux, en lui défendant de loucher aux épingles que chacun d'eux a dans la tête : le garçon désobéit, et dès qu'il en a ôté une, il se trouve en présence d'une belle demoiselle, qui redevient oiseau quand il la lui a remise. Le prince d'un conte breton auquel un magicien a confié le soin de sa volière, se pique le doigt en caressant un moineau, et ayant enlevé l'épingle qui était cachée sous ses plumes, il voit la fille du roi de Naples, métamorphosée ainsi que les autres oiseaux à l'aide de cet objet. Le prince Charmant du joli conte littéraire de Mme d'Aulnoy est changé pour sept ans en oiseau bleu par la fée Soucio : dans une version ardennaise qui n'en est guère qu'un abrégé, c'est sa marraine qui le métamorphose ainsi pour qu'il puisse aller voir sa belle amoureuse. L'oiseau qui figure dans une légende de Guernesey était vraisemblablement une fée, soumise comme plusieurs de ses congénères, à revêtir à certains jours une forme animale : Un meunier qui passait près de son bief entendant le bruit d'un superbe canard qui était empêtré, le tira de l'eau, le déposa dans son moulin, et s'absenta quelques instants. Quand il revint, il fut bien surpris de voir à la place
1. E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 31V319 ; Paul Sébillot. Trad., t. H, p. 184; Pluquet. Contes de Bayeux, p. 42. La pierre du nid d'aronde figurait au XVIe siècle oarmi les remèdes donnés aux amoureux. (Le Grand Parangon, p. 327).
Les métamorphosés 201
de l'oiseau, une belle dame richement vêtue, qui le remercia de son assistance, et lui dit que aussi longtemps qu'il garderait le secret de cette aventure, il trouverait, toutes les fois qu'il en aurait besoin, une somme d'argent déposée sur la roue de son moulin l.
Plusieurs récits parlent d'oiseaux sauvages qui parfois sont des filles de magiciens ; leur plumage est une sorte de vêtement qui s'élargit ou s'apetisse, et qu'elles peuvent revêtir ou dépouiller à volonté ; mais si un homme parvient à le leur dérober, il acquiert sur elles un certain pouvoir. Un jeune pâtre de l'île d'Ouessant qui gardait son troupeau sur le bord d'un étang, surpris de voir s'y reposer des cygnes blancs, d'où sortaient de belles filles nues, qui, après le bain, venaient reprendre leur peau et s'envolaient, raconta la chose à sa grand'mère ; elle lui dit que ce sont des filles-cygnes, et que celui qui parvient à s'emparer de leur vêtement, les force à le transporter dans leur beau palais retenu dans les nuages par quatre chaînes d'or ; un autre conte bas-breton présente des incidents analogues. Trois jeunes dames d'un récit basque laissent sur la berge, avant d'entrer au bain, leur plumage de colombe. Les filles de Barbe-Bleue, personnage d'un conte assez fruste de lTlle-et-Vilaine, arrivent sous forme de canes au bord d'un lac, et redeviennent femmes pour s'ébattre dans l'eau. Trois cigognes d'un conte lorrain se changent en trois belles filles, et pendant qu'elles se baignent, leur peau reste sur le rivage ; celui qui la prend, et s'en enveloppe peut devenir oiseau 2. Dans une tradition picarde, il ne s'agit plus de femmes, mais de nains. Une mare de Warloy était hantée à l'heure de minuit, par une foule de canards que plusieurs personnes avaient entendus pousser des can ! can I qu'on aurait dits articulés par une voix humaine. Un paysan muni d'une grosse pierre, se cacha et vit des petits hommes qui tenaient tous une peau de canard à la main. Celui qui paraissait le chef fit un signe, et les lutins métamorphosés en canards se jetèrent à l'eau. L'homme lança sa pierre et atteignit l'un des volatiles ; après avoir ôté la peau qui le couvrait, le paysan reconnut un jeune homme enlevé quelques années auparavant par les gobelins. On l'emmena, mais il resta lutin, s'échappa avec sa peau, et rejoignit les lutins ses camarades3.
D'après une légende du moyen âge six frères et leur sœur pouvaient
1. F.-M. Luzel. Légendes chrétiennes, t. II, p. 303; Contes, t. III, p. 109; J.-F. Cerquand. Légendes du pays basque, t. IV, p. 114; Paul Sébillot, in Almanach du Phare (Nantes), 1892, p. 107; F.-M. Luzel. Contes, t. I, p. 431 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 480 ; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 365.
2. F.-M. Luzel, in Rev. de France, avril 1874, p. 197-199 ; in Soc. arch. du Finistire, t. IX, p. 92; W. Webster. Basque Legends, p. 121 ; E. Cosquin. Contes, t. I, p. 9-10; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 167 ; H. Carnoy. Contes français, p. 120.