‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 193 sur 491 · Li Bomans de Dolopalhos, p · texte numérisé non relu

Li Bomans de Dolopalhos, p

2. De Vigneul-Marville. Mélanges d'histoire et de littérature, 1699, in-12, p. 121-125.

L*AME SOtS FIGURE D*OISEAtî 209

revenaient à jour fixe à l'église ou à la chapelle de leur patron1.

Une légende poitevine de ville engloutie présente un épisode unique en France ; trois femmes qui malgré la défense qui leur a été faite, se sont retournées au moment de la catastrophe sont transformées en grues 2.

Certains actes peuvent faire revenir à son état naturel la personne métamorphosée : Une princesse changée en cane sauvage par la malice des démons reprend sa forme quand un meunier, la voyant sur un étang, a tiré sur elle. Il est vraisemblable, quoique le récit ne le dise pas expressément, qu'elle avait été blessée à sang, et que c'est à cetle cause qu'elle devait, comme les lycanthropes, sa délivrance. Dans un conte de la vallée d'Aoste, un oiseau d'une espèce non désignée a été un homme et il est condamné à transporter les voyageurs dans une île, jusqu'à ce que s'accomplisse une condition qu'il ignore, et qu'il prie celui qu'il passe de découvrir3.

La conception d'après laquelle l'âme se présente sous l'aspect d'un oiseau a été souvent relevée. Suivant une croyancebretonne, après qu'elle s'est dégagée des liens du corps, elle monte au ciel sous forme d'alouette pour recevoir son jugement ; en Haute-Bretagne l'âme de ceux dont l'agonie a été pénible, et qui sont morts sans avoir obtenu la rémission de leurs péchés, quitte le cadavre sous l'apparence d'un corbeau, et ceux qui sont en la grâce du bon Dieu le voient s'envoler4. En Basse- Bretagne, les âmes des gens dont Dieu ne sait pas, au moment de leur mort, s'il les sauvera ou s'il les damnera, sont condamnées à rester sur la terre sous la forme de corbeaux, jusqu'au jugement dernier. Une idée apparentée semble exister en Languedoc, bien qu'elle ne soit pas exprimée avec autant de précision : en voyant passer un corbeau, les enfants disaient : « C'est un mauvais prêtre ; » une corneille : « C'est une mauvaise nonne 5. » Les âmes en peine dont la mer garde les corps se montrent sous l'aspect d'oiseaux maritimes : sur la côte bretonne, ce sont d'ordinaire des goélands, et les oiseaux noirs qui voltigent près des navires terreneuvats sont de méchants capitaines, ou les âmes des

i. Paul Sébillot. Petite Légende dorée, p. 115-121. Le P. Barleuf avait publié en 1652 le Récit véritable de laVenue d'une canne sauvage en la ville de Mont fort, qui a été réimprimée par M. Jouon des Longrais (Jacques Doremet sa vie et ses œuvres. Rennes, 1894, in-18), qui a donné de curieuses notes sur cette apparition, les chansons et les cantiques qui s'y rattachent. Jusqu'à la Révolution la ville s'est appelée -Montfort-la-Cane.

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