‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 196 sur 491 · E. du Méril. Etudes d'archéologie, 1862, p · texte numérisé non relu

E. du Méril. Etudes d'archéologie, 1862, p

7. W. Webster. Basque Legends, p. 136 ; Paul Sébillot. Contes, t. II, p. 133: Contes des Landes, p. 47 ; Trad., t. II, p. 327 ; in Almanach du Phare, 1891, p. 111 :

Des parallèles de la légende bien connue des grues d'Ibycus ont été recueillis en France à différentes époques. L'un d'eux était populaire au moyen âge : Un juif s'étant mis sous la garde d'un seigneur, auquel il donna une bonne partie de son avoir, celui-ci le confia à un sien serviteur, chargé de l'accompagner au lieu qu'il lui désignerait. Au milieu du chemin l'écuyer s'écria : « Je veux te tuer ! ». Au même instant une troupe de perdrix prit son vol. « Ne le fais pas, dit le Juif, les perdrix t'accuseraient! ». Il le tua néanmoins, et, quelques jours après ce même écuyer découpant devant son maître des perdrix que Ton avait fait cuire, une vessie se mit à situer. L'homme pâlit, se rappelant la parole du Juif, et se mit à trembler de tous ses membres. Le seigneur le questionna, et quand le crime fut reconnu, il le fît pendre ». On raconte aux environs de Vire qu'un marchand de beurre assassiné par des brigands et sur le point d'expirer, aperçut des corbeaux et s'écria : « Oiseaux du ciel, je vous prends à témoin de ma mort! » Plusieurs années après, les brigands assistant à une exécution par le feu, virent passer deux corbeaux près du bûcher, et l'un d'eux s'écria : « Tiens, voilà les témoins de Pousias !» — « Oui, ce sont eux ! » répondit un autre individu. Ils furent entendus, interrogés et finalement convaincus du crime ». Deux voyageurs d'assez mauvaise mine furent distraits par le croassement de quelques corbeaux perches sur des arbres voisins : « Tiens, dit l'un d'eux à voix basse, il semble que ce sont les mêmes corbeaux qui étaient là, lorsque nous assassinâmes ce coquin de marchand de fil, à pareil jour; fort heureusement que ces mauvaises bêtes crient, mais ne parlent pas ». Un berger qui les avait entendus se hâta de prévenir la justice, et les deux coupables furent contraints d'avouer l'assassinat qu'ils avaient commis3.

La reconnaissance que les oiseaux délivrés d'un danger montrent à celui qui les a secourus est un épisode familier aux contes littéraires de la fin du XVIIe siècle, qui avaient pu l'emprunter à la tradition. Le corbeau que le gentil Avenant a mis à l'abri des serres d'un aigle, le hibou qu'il a débarrassé de ses filets, lui viennent en aide, comme la tourterelle sauvée du sacrifice par Belle-Etoile4 ; cet incident se retrouve, avec une circonstance plus prosaïque, dans un conte limousin où la

Aug Gittée et L. Leraoine. Contes wallons, p. 16 ; F. -M. Luzel. Lég. &*&**$ fi p 302; H. Carnoy. Contes français, (Lorraine), p. 121, 204; J.-J. ChnstilliQ, iu La Tradition, 1903, p. 98; Paul Sébillot. Litt. orale, p. 224. 1. Lecoy de la Marche. L'esprit de nos aïeux, p. 153-154.

2 V. Brunet. Contes de la Basse-Normandie, p. 107-110.

3 Abbé Grivel. Chroniques du Livradois, p. 99. A propos d une légende apparentée qui, 8ous la Restauration, était populaire à Orléans, M. Anatole Loquia ^afcH une curieuse enquête (Mélusine, t. IX, col. 138, 149) où il suit 1 origine littéraire de ce rifazimento. , ., V,.-,M

4. M™ d'Aulnoy. La Belle aux cheveux dor ; la princesse Belle-htotie.

tourterelle mourant de froid a été réchauffée par un garçon compatis, sant ' ; dans d'autres contes, une corneille prise au piège, un corbeau empêtré, un oiselet, un corbeau tirés des lacs, une fauvette dont le héros a ramassé le nid et les oisillons, donnent à leur sauveur une plume de leur queue 2. Le passant qui a fait un partage équitable entre des bêtes et des oiseaux, reçoit des plumes grâce auxquelles il peut prendre la forme du donateur, aigle, faucon, oiseau de mer, pie, etc. Le roi des éperviers vient en aide à un personnage qui a rassasié ses sujets3.

Quelquefois les oiseaux se montrent secourables sans que leur bienveillance ait été précédée d'un service, comme le chat-huant qui donne à un aventurier une plume qui transporte, la colombe qui porte à manger à une sainte, la pie qui nourrit la fille aux bras coupés, l'oiseau doré d'un conte alsacien *. Ils avertissent aussi des dangers: en Haute- Bretagne, un petit oiseau chante à une servante pour qu'elle se hâte de quitter un château prêt à s'écrouler ; en Lorraine, un hibou dissuade une jeune fille de son entreprise ; en Haute-Bretagne, un petit oiseau envoyé par une magicienne indique ce qu'il faut faire ; dans un conte du pays de Bitche, un moineau qui entend une jeune fille se plaindre d'être enfermée par sa marâtre, trouve moyen de la délivrer et de la marier; la reine des colombes vient au secours du pâtre qui l'a appelée et lui permet de prendre sa forme. D'autres oiseaux chantent pour découvrir une supercherie ou pour indiquer un nom difficile à retrouver 5.

Dans un conte wallon, un vieillard, qui est le roi des oiseaux, les convoque tous, et une hirondelle conduit le héros au château des Sept Montagnes. En Provence, un génie appelle aussi les oiseaux, de même qu'un ermite breton qui est leur maître, ou un prince qui est leur roi6- L'oiseau assez puissant pour transporter un homme sur son dos à condition qu'on lui donne un morceau de viande chaque fois qu'il ouvre le bec, figure dans plusieurs contes ; dans un récit provençal un aigle rapporte des hommes sur son dos sans exiger de nourriture, et c'est aussi gratuitement que le merle blanc picard transporte le héros7-

1. Johannès Plantadis, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 536-537.

2. J.-F. Cerquand. Légendes, t. IV, 74, 93; F. -M. Luzel. Contes, t. I, p. 150; Paul Sébillot, in Alrn. du Phare, 1892, p. 97 ; Contes, t. II, p. 206.

3. Webster. Basque Legends, p. 81; E. Cosquin, t. I, p. 166; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 61 ; H. Carnoy. Contes français, p. 277 ; F.-M. Luzel. Contes, t. I, p. 75.

4. Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 106, t. II, p. 195 ; W. Webster. Basque Legends, p. 209 ; A. Stœber, in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 298.

5. Paul Sébillot. Légendes locales, t. II, p. 55; H. Carnoy. Contes français, p. 204-208 ; Paul Sébillot. Contes des landes, p. 98 ; Ulysse Hinglais, in Rev. moderne, déc. 1867 ;F.-M. Luzel. Contes, t. II, p. 274, 276; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 21, 300.

6. Louis Loiseau, in Wallonia, t. I, p. 157; H. Carnoy. Contes français, p. 37 ; F.-M. Luzel. Contes, t. I, p. 181; in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 481 ; Paul Sébillot. Contes, t. III, p. 180, 185.

7. E. Cosquin, t. Il, p. 137 ; F.-M. Luzel, t. 1, p. 182, 331 ; in Rev. des Trad.

L'oiseau doré d'un conte d'Alsace vient à l'appel de celui qui l'invoque avec une formulette, et il lai fait les dons les plus variés; l'oiseau de feu ligure daus un autre récit de ce pays1. On trouve l'oiseau vert qui dit tout dans un conte littéraire du XVIIe siècle, et les oiseaux de vérité sont bien connus des conteurs modernes. Souvent il faut aller les dérober dans des conditions dangereuses ; la conquête de l'oiseau parleur d'un conte provençal, de l'oiseau chanteur d'un conte lorrain est tout aussi diiïicile2. Les contes parlent aussi d'oiseaux guérisseurs, comme le merle blanc qui ramène les vieilles gens à lage de quinze ans, le merle blanc qui rajeunit, le merle d'or, l'oiseau qui guérit3. Des oiseaux pondent un œuf d'or, et celui qui a mangé leur cœur trouve tous les matins un œuf d'or sous son oreiller ; en Haute Bretagne celui qui mange la tête de l'oiseau devient roi4. Dans un conte créole celui qui mange la tête d'un oiseau aura un sac d'argent tous les matins, celui qui mangera son cœur, un sac d'or tous les soirs3.

La légende dorée populaire parle asstz souvent d'oiseaux qui ont été conjurés par des saints à cause de leur importunité, et qui ne peuvent plus se montrer dans certains endroits. Landry évèque de Mâcon excommunia les passereaux qui entraient dans l'église Saint Vincent, la souillaient et troublaient les offices, en les menaçant de mort s'ils osaient enfreindre sa défense ; depuis ils l'ont quittée, et quoiqu'une multitude y aient fait leurs nids, ils n'y entrent jamais6 ; on disait même que si l'un d'eux y était introduit de force, il mourrait aussitôt6. A Saint-Guillem du Désert il n'y a plus de pies depuis que ce saint les a excommuniées, et si l'on y en apporte une, elle ne peut plus y vivre plus de trois jours. On ne voit plus d'hirondelles à la cathédrale de Clermont: elles ont été maudites par un évèque parce qu'elles faisaient trop de bruit pendant qu'il prêchait7.

pop., t. III, p. 382 ; J.-F. Cerquand, t. IV, p. 78 ; Paul Sébillot. Contes des Landes, p. 21-22; Contes, t. I, p. 46-47, t. III, p. 177, 186; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 510 ; H. Carnoy, in Mélusine, t. I, col. 447, t. II, p. 147 ; H. Garnoy. Contes français, p. 38, 262, 264.

1. A. Stœber, in Rev. des Trad. pop., t, III, p. 298 ; Henry Carnoy, Contes Français, p. 91.

2. Mmed'Aulnoy. Belle Etoile; L. Morin, in Reo. des Trad. pop., t. V, p. 737; E. Cosquin, t. I, p. 188; Paul Sébillot. Contes, 1892, p. 21 ; W. Webster. Basque legends, p. 177; F. -M. Luzel. Contes, t. III, p. 289; H. Carnoy. Contes français, p. 108; E. Cosquin, I, 34-35.

3. Auguste Gittée, in Wallonia, t. II, p. 27; W. Webster, I. c, p. 44 ; Paul Sébillot. Litt. orale, p. 56 ; J.-F. Cerquand, t. IV, p. 88 ; A. Meyrac, p. 517 , Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 3; II. Carooy. Contes fr., p. 259; Cosquin, t. I, p. 262.

4. Paul Sébillot. Contes des Landes, p. 51, 55. Contes, t. I, p. 98; in Alm. du Phare, 1891, p. 116, 117 ; F. -M. Luzel. Contes, t. III, p. 50.

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