‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 210 sur 491 · LES ŒUFS ANORMAUX · texte numérisé non relu

LES ŒUFS ANORMAUX

Suivant une croyance très répandue, des œufs plus petits que les autres ont été pondus par des coqs, et on leur attribue une malfaisance toute particulière. Je parlerai au chapitre des serpents des redoutables reptiles auxquels ils passent pour donner naissance. Dans les Alpes valaisannes, le nom du servant ou lutin domestique est coqivergi, nain issu d'un coq, et Ton raconte que pour avoir un servant de la sorte, il faut se procurer un œuf de coq, d'autres disent de poule noire, et les couver soi-même sous l'aisselle 1.

Au XVIe siècle, on expliquait ainsi l'origine de cette ponte extraordinaire : Quelques-uns forgent l'origine et naissance du basilic en ceste sorte, à sçavoir que quand un coq commence à devenir fort vieil, ce qui arrive au septième ou neuvième ou au plus tard au quatorzième de son âge, il pond un œuf aux plus chauds mois de l'esté, qui s'est formé de l'excrément pourri de sa semence ou d'un ord et bourbeux amas d'humeurs, et de cet œuf plusieurs pensent que le basilic naist2.

L'œuf de coq sert à la confection d'un horrible maléfice qui, en Basse-Normandie, est ainsi préparé : après l'avoir écrasé, on remplit un des morceaux de sa coque des gouttes de la rosée d'une épine blanche recueillie à l'aurore, puis on l'expose aux rayons du soleil. Quand l'astre du jour a bu la rosée, la personne désignée est frappée d'un mal subit et inconnu et, malgré tous les remèdes, elle dépérit lentement. Placé parmi les œufs des poules du voisin, celui du coq les empêche d'éclore3. En Wallonie, à Pâques, on fait accroire aux enfants que les œufs ont été pondus par des coqs ; lorsque l'enfant est désespéré d'attendre trop longtemps, il prend un bâton et va frapper sur la queue du coq dans l'espoir d'en faire sortir un bel œuf rouge ou bleu1-

L'œuf dépourvu de coque est aussi regardé avec crainte ; en Vendée et en Basse-Normandie, il peut en sortir des serpents ; dans les Vosges, la poule qui l'a pondu doit être brûlée vivante, entre minuit et une heure du matin ; mais la mort seule de l'indiscret pourrait préserver de tout, danger celui qui aurait été vu pendant cette opération 5.

L'usage de briser les coques des œufs dont on a avalé le contenu existe dans un grand nombre de pays d'Europe. Au XVIIe siècle, on disait que l'on procédait ainsi afin que ses ennemis fussent aussi brisés ; actuellement ceux qui, tout au moins à la campagne, écrasent les coquilles d'œufs croient se préserver de la sorcellerie et se mettre à l'abri de maléfices analogues à ceux que l'on redoutait au X\T siècle :

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