L.-F. Sauvé. Le Folh-Lore des Hautes-Vosges, p
Richelet, le commentateur de Ronsard, dit que si les sorcières pouvaient se procurer un œuf que celui qu'elles dévouaient eût mangé, elles le piquaient à coups d'aiguilles ou de canivets, et passaient le mal aux personnes contre lesquelles cette opération était faite. En Normandie, on croit qu'un malveillant peut, en remplissant de rosée une de ces coquilles, et en la posant sur une épine blanche, faire sécher sur pied celui qui a mangé l'œuf ; car, à mesure que le soleil boit cette rosée, la personne maléficiée se dessèche et meurt ; en Vendée les jeteux de sort pourraient introduire dans la coque un liquide mortel ; en Wallonie, les sorcières y déposeraient une mèche des cheveux de celui à qui elles en veulent ; en Franche-Comté, si on négligeait de casser les coquilles, les poules cesseraient de pondre '.
L'interdiction, presque aussi générale, de faire brûler les coques d'œufs est expliquée de diverses manières. Autrefois, on s'abstenait de cet acte de crainte de brûler une seconde fois saint Laurent qui avait été grillé avec de pareilles coques ; en Haute-Bretagne, où l'on dit la même chose, on aurait peur de faire souffrir ce saint, dans la Beauce un saint qui n'est pas nommé. Dans les Côtes-du-Nord, on dit aussi qu'en les jetant dans le brasier, on alimente le feu de l'enfer. Dans les Vosges, la femme qui allaite dans la maison où l'on a contrevenu à cette défense, ou la nourrice qui y entre perdront infailliblement leur lait. Dans le Finistère, en Poitou, en Haute-Bretagne, les poules cessent de pondre2.
Les œufs avec lesquels on a formé des colliers constituent des espèces de talismans : dans la Creuse, le jour de Carnaval, on enfile toutes les coques que l'on a conservées et on les suspend à la cheminée pour empêcher les poules d'être dévorées par le renard ; à Treffiagat, dans le Finistère, quand les chevaux sont tourmentés par les C'horriquets, on pend dans l'écurie un chapelet d'œufs de poules avec lequel les lutins vont jouer, laissant les chevaux tranquilles3.
Le premier œuf pondu par une poulette confère plusieurs privilèges à celui qui le mange ; dans les Vosges, il fait devenir l'enfant bon chanteur, en Poitou il le fait parler de bonne heure. Aux environs de Dinan, celui qui le mange est assuré de n'avoir aucune maladie pen-
1. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 154 ; Ronsard. Œuvres, t. II, p. 211, n. ; E. Rolland. Faune pop., t. VI, p. 97 ; en Poitou, le maléGce est jeté sur une épine noire ; Jehan de la Chesnaye, ia Bev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 463 ; Alfred Harou, ibid., t. IX, p. 599 ; E. Rolland, 1. c, p. 98.
2. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 269 ; Lucie de V.-H., in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 141 ; Félix Chapiseau. Le F.-L. de la Beauce, t. I, p. 218 ;.L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 19; E. Rolland. Faune pop., t. VI, p. 98; B. Souche. Proverbes, p. 14 ; Paul Sébillot. Traditions, t. II, p. 133.
3. E. Auricoste de Lazarque, in Bev des Trad. pop., t. IX, p. 579 ; G. -P. de Ritalongi. Les Bi'joudens, p. 78.