‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 216 sur 491 · E. Rolland, 1. c, p. 106; Mélusine, t. 1, col · texte numérisé non relu

E. Rolland, 1. c, p. 106; Mélusine, t. 1, col

238 tES OISEAUX DOMESTIQUES

la coutume des processions des œufs et des quêtes faites au moyen âge par les écoliers et les jeunes gens1. En plusieurs pays, on choque les œufs : autrefois à Chauny, c'étaient les petites filles, qui la récolte faite, le Jeudi saint, dit Jeudi-jaudiau, établissaient sur la place de la ville un plan incliné sur lequel chacune des écolières faisait, à tour de rôle, rouler chacune un œuf. Celle dont l'œuf avait résisté à tous les chocs était proclamée la reine du Jaudiau, et on la promenait dans les rues le sceptre à la main. Le plus habituellement, c'est le jour de Pâques, que l'on fait choquer les œufs. Dans l'Yonne les œufs teints s'appellent des roulées parce qu'on les fait servir à cet usage le lundi de Pâques. Dans les Vosges autrefois les jeunes gens avaient leurs poches remplies d'œufs durs, et lorsqu'ils se rencontraient avant la messe, ils se défiaient. Tout œuf brisé devenait la propriété de celui qui l'avait mis en cet état sans endommager le sien. Les malins se servaient d'œufs pondus à la Saint-Jean, le seul jour de l'année où les poules pondent des œufs dont la coquille peut résister à tous les chocs. En Wallonie un des joueurs tient son œuf serré dans son poing; le bout pointu ^bètch) dépassant seul ; l'autre heurte l'œuf de son adversaire avec le bec du sien. Celui dont l'œuf est entamé le retourne et le serre dans la main de façon à ne laisser accessible que le bout arrondi, dit le cul; celui qui a réussi à bec contre bec, joue alors à bec contre cul. Quelquefois, comme en Touraine, on se contente de les faire rouler dans les prairies, ou, comme en Belgique, à les jeter en l'air dans les prés 2.

L'époque de Pâques est celle par excellence des œufs offerts à diverses personnes ; la coutume remonte à une époque fort ancienne ; autrefois on s'envoyait entre parents, amis aA voisins des œufs bénits qui étaient teints en rouge, en bleu, ou bariolés de diverses couleurs3. De là est venue l'expression : Donner les œufs de Pâques, à laquelle les conteurs du XVP siècle font plusieurs allusions : Des gourmands s'attendent comme à leurs œufs de Pasques à un repas friand... La maistresse eut ses œufs de Pasques à toutes restes (de son galant)*. Dans les Vosges, il est d'habitude dans les maisons où il y a des enfants, d'en cacher quelque part le samedi matin. Quand les cloches

1. Chéruel. Dicl. des Institutions de la France, t. II, p. 883 ; E. Rolland. Faune pop., t. VI, p. 105 ; Paul Sébillot. Lilt. orale de la Haute-Bretagne, p. 261-262; Coutumes, p. 230-241 ; Laisnel de la Salle. Croy. du Centre, t. I, p. 68-69 ; Mme N. Guyot, in tiev. des Trad. pop., t. XV1I1, p. 544 (Côte-d'Or) ; G. Moiset. Usages de l'Yonne, p. 28-30 ; J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. II, p. 173 et suiv.

2. E. Rolland,!, c, p. 105; G. Moiset, 1. c.,'p. 31-33; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 119; E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 127-128; Léon Pineau, in Hev. des Trad. pop., t. XIX, p. 432 et suivantes; E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 127.

3. Chéruel. Dicl. des Institutions de la France, t. II, p. 883.

4. Bonaventure des Periers. Les Contes et joyeux devis, Nelle XXVIll,éd. Nodier, p. 144 ; Noël du Fail. Œuvres, éd. Assézat, t. Il, p. 33.

La poule noire 239

annoncent le retour de Rome, on leur dit de chercher les œufs de Pâques qu'elles rapportent ; à Liège on leur assure qu'elles les sèment dans les jardins, et qu'à midi arrive un bateau d'osier sur le quai de la Batte, qui en est tout rempli '.

Au XVIIe siècle songer à des œufs présageait gain et profit ; s'il y en avait un grand nombre, soucis et procès. Dans la Gôte-d'Or si on rêve d'œufs, on aura du chagrin dans la journée ; dans la Creuse on se fâche ; en Haute-Bretagne, c'est signe de chicane ou de procès ; en Poitou, le présage est mauvais. D'après les croyances vosgiennès la signification du rêve varie suivant l'état de l'œuf; les œufs vieux présagent soucis, les frais du plaisir, ceux à deux jaunes et pourris l'adversité. Si on rêve qu'on les laisse tomber, c'est un pronostic de mort ; à Marseille les œufs cassés signifient malheur, les entiers bonheur2.

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