G. J. Schepers, in Wallonia, t. Il, p. l69-ill
devait arracher la tête avec la main, sans quitter la selle. A la fête de Béhobie, Basses-Pyrénées, on suspendait par les pattes à une corde attachée à deux maisons, successivement cinq ou six oies vivantes, la tête en bas : les concurrents à cheval devaient essayer de l'arracher en passant au galop ; mais la tète n'était presque jamais séparée du premier coup. Le jeu du Cou de l'oie qui se pratique encore dans certaines localités d'Auvergne est sensiblement le même, sauf que depuis l'application de la loi Grammont, les bêtes sont déjà mortes. En Wallonie l'oie était naguère la victime d'un jeu cruel aujourd'hui interdit; on l'attachait toute vivante par la tête, et au moyen de longues baguettes de fer qu'on lançait à distance, on s'efforçait de l'abattre en lui rompant le cou '.
L'oie n'était pas la seule victime emplumée de ces jeux barbares : en Provence, il y a une centaine d'années, lors de plusieurs romivages, le coq après avoir été promené dans les places publiques, au son des fanfares, était suspendu par les pieds à une corde tendue entre deux poteaux. On bandait les yeux au premier qui se présentait, et moyennant une légère rétribution, on lui mettait un sabre à la main, et on le poussait, après l'avoir éloigné à dix pas, dans la direction du but. En quelques contrées, au lieu de périr parle sabre, le malheureux volatile était lapidé, et son agonie n'en était que plus longue2. Dans les Landes, on plaçait un poulet attaché à une perche ou à terre contre deux branches, et celui à qui il appartenait donnait quatre pierres pour un sol, à celui qui, à une distance donnée, voulait essayer de l'atteindre mortellement3. A la fête de Gorbio (Alpes maritimes), on tuait en trois coups de sabre, les yeux bandés,, une poule suspendue; maintenant il suffit de la toucher avec un bâton 4.
A Noiimoutier, vers 1800, on sacrifiait un coq le jeudi gras; on le décorait de rubans et on le promenait dans la ville au son du tambour; celui qui avait l'adresse de le tuer prenait le titre de roi et était ramené en triomphe. En Ille-et-Vilaine, on enterre jusqu'au cou un canard, et l'un des joueurs, auquel on a mis un bandeau sur les yeux, se place à cinquante mètres de l'animal, et on lui remet une faux avec laquelle il doit faucher la tête ; autrefois à Bouvignes, pays de Liège, les joueurs, les yeux bandés, devaient à l'aide d'une perche écraser la tête d'un coq vivant, qui seule émergeait du sol ; dans le Brabant wallon, il s'agissait de le décapiter à l'aide d'une faucille. La « coùrrerie de
1. E. Herpin. La cote d'Emeraude, p. 272; Jacques Gaudeul, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 449 : E. Rolland, 1. c. p. 175-6 ; Dr Pommerol, in Rev. des Trad. pop., t. XIV, p. 416; J. Defrécheux. Voc. de la Faune wallonne, p. 26 ; 0. Colson, in Wallonia, t. II, p. 174-175.
2. De Villeneuve. Statistique des Rouches-du-Rhône, t. 111, 241.