Bérualde de Verville. Le Moyen de parvenir, p. 1SJ
3. Guerry, in Soc. des Anl., t. VIII, p. 454 ; I)1- Pommerol, in Rev. des Trad. pop.. t. XII, p. 550 ; Paul Sébillot. Traditions, t. II. p. 64, 63 : E. Rolland, 1. c, t. I\. p. l'.i.'i ; Léo Desaivre. Croyances, p. 29; F. -M. Lnzel. Contes bretons, p. 35fCom. de M. A. Dagnet.
s'applique en Hainaut à la grenouille qui passe pour être la femelle du crapaud, comme dans le Centre, oii l'on dit en proverbe : Il n'y a pas de grenouille qui ne trouve son crapaud. Au XVIe siècle, Ambroise Part'- disait qu'il fallait éviter de manger des grenouilles au mois de mai, parce que les crapauds frayent avec elles ; un conte de la Haute- Bretagne parle du mariage du crapaud avec la grenouille '.
Les reptiles ne s'accouplent pas seulement avec des animaux à sang froid, mais avec des oiseaux ou avec des poissons : Dans la Vienne, on dit que du coït du maie de la couleuvre verte et jaune avec la poule vient le cocairi ou œuf de coq ; la poule ainsi fécondée se reconnaît a ce que son chant, qui imite celui du coq, est très rauque ; dans les Deux-Sèvres, le crapaud s'accouple avec la cane ; aux environs de Menton, la couleuvre fraie avec la murène qu'elle appelle en sifflant ; en Ille-et-Vilaine elle s'accouple avec les anguilles 2.
Leé reptiles, même nés d'une façon normale, peuvent subir des transformations : en Haute-Bretagne une couleuvre qui reste sept ans sans voir âme se change en serpent; les serpents, dans les mêmes conditions, deviennent très longs et vont à la tour de Babylone ; suivant d'autres, c'est parfois après leur mort qu'ils s'y rendent, et quand la cloche sonne, ils retombent dans un trou. Le plus ordinairement il pousse des ailes à ceux qui, pendant sept ans, ont pu se soustraire à la vue des hommes ; c'est, dit-on en Poitou, l'origine des serpents ailés qui semblent s'éloigner peu de leur contrée d'origine, où ilssont l'objet d'un grand effroi3. En d'autres pays au contraire dès qu'ils sont pourvus d'ailes, ils s'envolent à la tour de Babylone ; cette superstition a été relevée en Sologne, au commencement du XIXe siècle, en Berry où la cocadrille après avoir pris un accroissement énorme devenait aussi ailée, en Auxois où les serpents, les crapauds et les lézards éprouvaient cette transformation ; chaque année le pape allait en chercher à la tour, pour faire les saintes huiles. Une croyance des Côtes-du-Nord suppose que les reptiles n'ont ce privilège que lorsqu'ils ont atteint le sommet de l'énorme édifice : au moment où le prêtre frappe à la porte de l'église le dimanche des Rameaux, tous les serpents tombent au pied de la tour, et ils ne peuvent remonter ; s'ils n'étaient pas abattus ce jour-là, ils se mettraient à voler et dévoreraient les gens 4.
1. A. Harou. Le F.-L. de Godarville, p. 18; E. Rolland. Faune pop., t. 111, p. 49 . ; L. Du val. Du rôle des croyances populaires dans la protection des animaux, p. 75 ; Paul Sébillot. Contes, t. H, p. 175.
2. E. Rolland, 1. c, p. 42-54 ; J.-B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 335 ; Paul Sébillot, ibid., t. VII, p. 107.
3. Paul Sébillot. Traditions, t. II, p. 218, 223 ; Léo Desaivre, Croyances, p. 29.
4. Legier, in Mém. deVAcad. celtique, t. II, p. 204 ; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. I, p. 200; II. Marlot, in Rev. des Trad. pop., t. X, p. 210; Paul Sébillot. Coutumes de la Haute-Bretagne, p. 234.
ERREURS PUVSKJUKS 259
Ainsi qu'on l'a vu dans la légende picarde de la p. 2&5, les serpenls avaient autrefois des pattes. Les paysans poitevins croient encore qu'ils en ont quatre, dont ils servent pour sauter, et qui, d'ordinaire, restent cachées sous la peau ; c'est pour les voir que les enfants font griller les reptiles qu'ils assomment, croyant que le feu les oblige à les attirer. Dans la Vienne, on prétend qu'une certaine espèce de couleuvre (coluber viridi flavus) a deux pattes, et qu'elle peut à volonté les faire sortir de son corps pour courir avec plus de vitesse. Les paysans des Deux-Sèvres accordent une grande agilité aux serpents ; certains prétendent avoir été poursuivis par des reptiles qui sautaient sept sillons d'un coup ; quand on est pourchassé par eux, il faut suivre les sillons et ne pas chercher à couper au travers '.
Les reptiles sont l'objet de diverses autres croyances singulières. Les paysans de la Gironde attribuent deux queues à la vipère; en Illeet-Vilaine, l'orvet a deux têtes dont l'une veille, tandis que l'autre dort; dans la Creuse, s'il est cassé en deux, il donne naissance à un individu sans yeux dont on doit éviter la rencontre. En Poitou, quand on coupe un serpent en plusieurs morceaux, ses fragments se rapprochent, finissent par se recoller et l'animal apparaît bientôt tel qu'il était tout d'abord. On sait que la queue du lézard, par une sorte d'action réflexe, remue pendant quelques instants après qu'elle a été détachée du corps ; les gamins de Marseille croient que cette queue qui s'agite tant jure le nom de Dieu. Dans la Creuse, la tête de la vipère séparée du tronc silïle encore pendant quinze jours ; en Poitou il faut écraser la tète d'un serpent pour le tuer tout à fait. C'était, un préjugé courant au XIIIe siècle ; on lit dans les mémoires de Joinville que: qui vouloit tuer premier le serpent, il li devoit escacher le chief 2. Dans la Gironde on recommande d'enterrer le serpent qu'on a tué, car si ses arêtes piquaient les pieds, il y viendrait du mal. En Poitou la vipère attend sa mort ou celle de son agresseur, elle ne fuit pas ; quand on tire sur un serpent, le fusil éclate 3. On croit en Haute-Bretagne que la carapace des tortues est si solide qu'une charrette peut passer dessus sans 1 écraser4. Les paysans vosgiens prétendent que les serpents changent de peau à chaque nouvelle lune ; ceux du pays de Liège, que la couleuvre en mue tous les sept ans, et que l'on connaît son âge aux anneaux qui recouvrent sa peau \ D'après une croyance wallonne
i. Léo Desaivre. Croyances, p. 29; E. Rolland. Faune pop., \ III, "p. 34, 2t.
3. Fr. Daleau Trad. delà Gironde,?. 61 : E. Rolland. Faune pop , t. III. p. 21 : 070 pSanV,;f • C/°Uanc^. p. 29 ; Kegis de k Colombière. Les Cris de Marseille, p. pLL L R°l,and-. L c- P- 34 î Lé0 Desaivre, 1. c. : Leroux de Lincv. Le Livre des rioverbes français, t. ][, p. 497.
'{' £■ *îaleA",\ TracL de la. Gironde, p. 61 ; B. SouchO. Croyances, p. 29. *. Paul Sebillot. Trad. t. II. p. 243.
S. Sauvé. Le F -/.. des Hautes- Vosoes, p. 6 ; A. Harou. in lier, deê Trad. pop , t- X\l, p. 112, ibid., t. XVIII, p. 4»0. H
2gQ LES REPTILES
on trouve dans les os de la grenouille les instruments de la Passion ' . On dit en Haute-BrUagne d'un couteau bien a.guisé qu'il coupe comme un v'lin (reptile), peut-être par allusion au pouvoir attnbué aux animaux à sang froid de rendre les outils plus tranchants. En Ille-et- Vilaine la faucille qui a coupé un crapaud sera en medleur état pendant toute la moisson. Dans le pays de Liège, la langue de la couleuvre est utilisée pour aiguiser les faux 2.
On sait qu'un chœur de grenouilles ligure dans la comédie athénienne qui porte leur nom ; il est fort possible que l'idée en ait été suggérée à Aristophane par une interprétation populaire de leur coassement, apparentée à celles qui sont usitées en plusieurs pays. Parfois c'est une petite saynète où le dialogue s'engage entre un coryphée et une sorte de chœur. Dans le pays fougerais, la première grenouille qu'on entend le soir est la reine et elle dit aux autres :
Qu'est-ce qui lavera
L'écuelle au roi?
Alors toutes de répondre :
Ça n'est pas ma, Ni ma, ni ma, etc.
Jusqu'à ce qu'elles soient endormies l'une après l'autre ; alors leur prière est finie. A Genève, on traduit ainsi leur coassement :
Le roi Est allé, Où ! où!
A Cognac 3 !
\in*i qu'on le verra à la section des contes, des gens savent comprendre ces bêtes et se faire entendre d'elles. On interprète aussi par des espèces d'onomatopées les coassements des batraciens : en Haute- Bretagne le crapaud répète pour annoncer la pluie : Kloukï klouk ! il en est de même dans le Midi :
Quand canto le grapaud
Dits : IHau ! Plan ! Plan !
La grenouille répète : Lous teus, bus meus, lous teus, lous meus, bus
tPUS 4
Aui environs de Dinan, on entend quelquefois sortir de dessous terre une musique délicieuse ; ce sont les crapauds qui chantent.
Je parlerai ailleurs des récits populaires qui rapportent que des seigneurs obligeaientleurs vassaux à battre l'eau pour les faire ta.ro Les
i. Louis Westphal, in Wallonia, t. Il, p. 62
li. PaulSébillot Trad. t. Il, p. 228; Alfred Harou, in Rev. des Trad., t. \u,
P3"paulSébillot. Trad. t. Il, p. 234-235; A. Daguet. Au pays fougerais. p. 103 Blavignac. L'Empro genevois, p. 110.