MALFAISANTES ET POUVOIRS
Au XVIII8 siècle, les Bretons n'osaient nommer, par timidité superstitieuse, la salamandre par son véritable nom, craignant que, s'enten-
1. Noël du Fail. Œuvres, t. I, p. 32 ; L.-F. Sauve. I.e /•.-/.. des Hautes* Vtuges, p. 138 ; Paul Sébiltot. Trad. t. II, p. 237 ; E. Rolland. Faune pop., t. III, p. 48-49, à Marseille, le tonnerre est appelé le tairbouriu de» grapaus ; Paul Sébillot, 1. c, p. 226, 236 ; B. Souche. Croy. p. 4; Paul Sébillot. Lég. de la Mer. t. [I, 221.
|, E. Hnllaud. Faune pop., t. 111, p. 36: J.-J. Christillin. Dans la Yullaise, p. 280-281 ; B. Souche. Cru;/, p. 13. Au XVIIe siècle, celui qui, en rêve, tuait un serpent devait triompher de ses ennemis (Vulson de la Colombiere. Le Palais des furieux, p. 64); Jehan de li Chesnaye, in Hev. des Trad. pop., t. A\li, p. JSii ; Fr. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 60; A. Cere^ole, Lég. des Alpes i . ■■■ p. 334 ; Hev. de< Trad. pop., t. XIV, p. 191; L.-F. Sauve'. Le F. -L. des Hautes- Vosges, p. 28; Ronsard. Œuvres, tf VI, p. 11.
danl nommer, elle ne crût qu'on l'appellail et ne vînt faire du mal. En Languedoc, des paysans pour la mémo raison, au lieu de désigner la couleuvre par son nom, lui donnaient celui de longo En Poitou, il ne faut pas dire en parlant d'un serpent, qu'il est gros comme la jambe, le bras, etc., parce qu'il pourrait entendre et ne manquerait pas de venir se mesurer au membre auquel il a été comparé '. Une conjuration usitée en Gascogne suppose aussi que les reptiles sont aux aguets et la comprennent : les enfants se servent pour maudire un nid, découvert par un camarade qu'ils envient, de la formule suivante, à la suite de laquelle les œufs ou les petits oiseaux sont voués aux couleuvres :
Serp dessus, serp débat ;
L'i trouveras pas douman.
Couleuvre dessus, couleuvre dessous, — Tu ne l'y trouveras pas demain -.
J'ai parlé à la section des puits, t. II, p. 309, des fabuleux basilics qui y demeurent et dont le seul regard suffît pour foudroyer celui qu'ils voient avant d'être aperçus de lui. Au moyen âge, on croyait que ce reptile pouvait exercer sa malfaisance même en plein air. Un vieil historien de Paris rapporte : qu'un pèlerin qui estoit venu faire ses dévotions à l'église Saincte Opportune et s'en retournant fut occis par l'aspect d'vn serpent Basilic qu'il trouva en son chemin. Eustaché Deschamps lui compare les femmes:
Basiliques les puis bieu appeller
Qui de son vir tue l'omme en présent.
Au XVIe siècle, on disait en proverbe :
Le Basilic tue Seulement avec sa vue3.
On est encore persuadé dans beaucoup de pays que le coq pond un œuf qui, en certaines circonstances, donne naissance à un reptile doué des mêmes propriétés que le basilic, dont il porte parfois le nom ; la principale consiste aussi dans l'effet mortel de son regard. Les paysans emploient divers moyens pour l'empêcher de naître ; dans le Loiret, ils plantent sur le fumier, le 1er mai, avant le lever du soleil, une longue branche d'aubépine garnie de ses feuilles ; dans les Côtcs-du- Nord, dès qu'on aperçoit un œuf de coq, on crie: Baselic ! Baselic ! pour qu'il n'éclose pas ; mais la conjuration reste sans etfet, si le coq a vu auparavant celui qui l'a prononcée ; il en sort un « baselic » qui mange les gens auxquels appartient le coq. En Auvergne, on est sauvé
1. Dom Le Pelletier. Dictionnaire de la lanque bretonne, 1753, v° Bouzar ; E. lî"llaud, p. 37; Léo Desaivrè. Croyances, etc., p. 29.
2. J.-F. Bladé. Proverbes recueillis en Armagnac, p. 111-112.
:;. Du Breul. Le théâtre des Anliqaitez de Paris, p. 617; Eustaché Deschamps. Œuvres, t. III, p. 317; Bail. Mimes, t. I, p. 104.