‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 255 sur 491 · H. Diverrè3, in Rev. des Trad. pop , t. XIX, p · texte numérisé non relu

H. Diverrè3, in Rev. des Trad. pop , t. XIX, p

3. Jean Bodin. Le Fléau des sorciers, 1. IV, ch. 2, et 5, 1. II, ch. 8.

4. V. Lespy. Proverbes du Béarn, p. 9-10; Anselme Gallon, in Rev. des Trad. pop., t. 1. p. 88.

5. E. Ducom. Nouvelles gasconnes, p. 204,283. Les petits enfants et les filles gardoientles troupeaux du sabbat qui sont un monde de crapaux près d'un ruisseau avec des petites gaules blanches qu'on leur donnoit, sans les laisser approcher des autres sorciers (De Lancre. De l'inconstance- des démons, 1. II, p. 131).

crapaud sur le blanc de l'œil contre la prunelle, ou au pli de l'oreille ; en Béarn les sorciers et les sorcières, outre les autres marques qu'elles pouvaient porter sur le corps, avaient ù l'œil celle d'une patte de crapaud. C'est à celte croyance que font allusion les termes : Quha pairs à Vœlh ou Crepaut à l'œlh, qui sont l'équivalent de : C'est un sorcier ou une sorcière :. Les juges des procès de sorcellerie recueillaient des témoignages de cette opinion : Une fille nous a dit que toutes les sorcières de Béarrix estoient inarquées à l'œil gauche d'une marque semblable à une patte de crapaud, ce que celles de la dicte paroisse qui confessoient avouoient aussi 2.

Ce batracien n'est pas le seul reptile auquel on attribue des vertus magiques. On croît eu Haute-Bretagne que si une Femme parvenait ù apprivoiser le vert-creux, grand lézard qui ne peut souffrir les personnes de son sexe, elle verrait, quand elle le porterait dans son corsage, ce qui se fait ou ce qui se dit à dix lieues à la ronde, elle aurait le don d'ubiquité et pourrrait guérir toutes les maladies1. Suivant une croyance de Basse-Bretagne, pour se mettre en rapport avec le diable il faut prendre une grenouille verte, le jour de la pleine lune et la déposer dans une fourmilière en disant :

Heb aoun na spoitnt,

Gweskler glaz. Icê en da roud

Gra konesems gant ann diaoul

Evil mu zigaso d'in eun neubeut aoar,

Hag evil ma vezo mo'iènn

Da choum hep labourât da vizikenn 3.

Sans peur ni effroi, — grenouille verte, poursuis ta route, — fais connaissance avec le diable, — pour qu'il m'apporte un peu d'or — et que j'aie le moyen — de rester à jamais sans travailler4.

Le crapaud est fréquemment associé aux maléfices préparés pour nuire au bétail. Agrippa, que Cyrano fait parler, dit qu'il instruit les paysans à mettre sous le seuil de la bergerie qu'ils veulent ruiner un crapaud, avec maudissons, pour faire mourir étiques les moutons qui passent dessus. Cette pratique n'est pas oubliée : dans le Bocage normand le crapaud doit avoir été baptisé, comme au temps de la sorcellerie ; si on parvient à le tuer, la mauvaise influence cesse ; en Lorraine et dans la région ardennaise, il suffit de placer ce batracien sous une pierre de l'étable, comme en Basse-Bretagne, où l'on cite des exemples récents : c'est ainsi qu'il y a quelques années un fermier de Guingamp, dont les chevaux mouraient sans cause

1. Léopold Dardy. Anthologie de l'Albrel, t. I, p. 2U ; V. Lespy. Proverbes du Béarn. p. 185.

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