LEUR USAGE EN MÉDECINE
et noircir pour tirer le mal ; si la première employée ne donne pas un résultat convenable, on peut user d'une seconde1.
Au XVIIe siècle, on attachait au cou d'un fébricitant une petite grenouille verte appelée graisset, trouvée inopinément, sans qu'on l'ait nommée ; si elle mourait bientôt le malade devait dissiper rapidement, si elle était longtemps sans mourir, il devait languir longtemps, et même être en danger de mort- En Béarn pour guérir la fièvre intermittente, il faut s'appliquer sur l'estomac une rainette vivante dans des coques de noix vertes ; la rainette frétille et la réaction qui suit est salutaire2. En Poitou, on place dans le bonnet du malade atteint de certaines fièvres, une grenouille verte ; quelquefois on l'y coud ; ailleurs on la suspend à son col ; dans la Brie, on prenait dans la main gauche une raine, et l'on faisait en même temps le signe de la croix. En Gascogne on mettait au cou de celui qui souffrait de la fièvre quarte, une cicoulane (lézard gris) vivante enfermée dans un fragment de roseau ; quand elle était morte le malade était guéri 3. Au XVIe siècle la grenouille constituait une sorte de panacée :
Tu vaus trop plus en médecine
Qu'herbe, qu'onguent ni que racine ;
Et ton fiel en quelque saison
Donne au malade guarisoa.
Tu vaus coutre le mal d'Hercule,
Ton gésier les venins recule
De ceux qu'empoisonner on veut'*.
Dans le Morvan on place sur la tête de ceux qui sont atteints de méningite un crapaud vivant enfermé dans un sac, et qui est supposé prendre le mal s.
Au XVIe siècle Fernel, médecin de Henri II, notait un remède populaire qui est encore usité dans le Tarn pour se débarrasser de la toux ; il consistait à cracher dans la gueule d'une grenouille de buisson, et à la laisser aller incontinent toute vive °.
En Wallonie, pour ne pas transpirer des mains, il faut tenir dans chacune d'elles un crapaud jusqu'à ce qu'il expire ; dans le pays de Liège, on se délivre du même inconvénient en y laissant mourir une grenouille. A Marseille, un crapaud mort placé dans la poche préserve du mal de dents \
1. F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 46; P. Haan, in Bull. Soe. d'Anthropologie, 1897, p. 127.
2. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 378: Daniel Bourchenin, in Bev. des Trad.. t. XVI, p. 521.
3. B. Souche. Croyances, p. 28; Proverbes, p. 18; LadoueetL-. Mélanges, p. 404: C. de Mensiguac, p. 155-156; E. Ducom. Nouvelles gasconnes, p. 277.