‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 261 sur 491 · LÉGENDES ET CONTES · texte numérisé non relu

LÉGENDES ET CONTES

Dans plusieurs récits de la Haute-Bretagne, des fées sont métamorphosées en couleuvres, soit de leur propre volonté, soit plus ordinairement, contre leur gré. Un jour que deux faucheurs prenaient leur repas sur le gazon, une couleuvre venait manger les miettes de pain ; l'un déclara qu'il la tuerait si elle passait à portée de sa faux, tandis que son compagnon disait que ce serait dommage de faire du mal à la petite bête. Il rencontra le soir une Margot-la-Fée qui lui donna deux ceintures, une pour lui, l'autre pour son camarade, en lui recommandant de ne pas se tromper. Il ouvrit la sienne qui était pleine d'or; il attacha l'autre au pied d'un chêne, et le lendemain toutes ses feuilles étaient flétries. Une autre Margot-la-Fée avait une fille qui, chaque année à jour fixe, était obligée de rester, d'un soleil à l'autre, sous la forme d'une couleuvre : elle demanda à un paysan de se placer à un certain endroit, et de tenir toute la journée la couleuvre cachée sous un bassin; aussitôt que le soleil fut couché, il leva le bassin, et à la place du reptile, il vit une belle demoiselle. En faisant garder sa fille, la mère de la Margot avait pour but de la préserver de tout mauvais traitement ; car pendant que les fées se montraient sous la forme d'un animal, elles étaient sujettes aux mêmes dangers que celui dont elles avaient l'apparence, et elles pouvaient même être tuées, comme celle qui, suivant un récit de la même région, s'était changée en couleuvre, et qui fut coupée en deux au moment où elle allait piquer un homme endormi 4; la Grenouille bienfaisante, du conte littéraire de ce nom, dit

1. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 318 ; P. Fagot. Le Folk-Lore du Lauraguais, p. 332; E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 13; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 225 ; E. Rolland, 1. 111, p. 33 ; Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 350 ; Cord et Viré. La Lozère, p. 139.

2. B. Souche. Proverbes, p. 16; D'Emery. Nouveau recueil de curiosilez, t. I, p. 34-35.

3. J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. II, p. 117-118.

4. Ptul Sébillot, Contes, t. 1, p. 162-3 ; Contes des Landes et des Grèves, p. 128-133.

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qU'ellé est exposée sous celte forme, quand elle n'a pas sut* la tête son petit chaperon de roses1. Cette idée n'est nulle part exprimée avec autant de netteté que dans les récits"de la partie centrale des Côtes-du- Nord ; il semble cependant que la fée des forêts d'Alsace, qui avait pris la figure d'une grenouille poUr éprouver le bon cœur d'un jeune homme, n'aurait pu, sans le secours de celui-ci, échappée au renard qui voulait la manger2. D'après les traditions de la vallée d'Aoste, les fées des eaux se métamorphosent fréquemment en serpents ; c'est la forme que prend l'une d'elles qui voulait échapper à la brutalité de sOtl ïnâri ; une fée lacustre, pendant la construction d'un canal d'irrigatiort, sorlait tous les matins d'un lac, et marchait devant les ouvriers pdtir leur indiquer le tracé à suivre ; la fée d'un lac de Corse dont j'ai donné la légende, t. II, p. 413, se montrait sous la forme d'une couleuvre 3.

Les sorcières peuvent emprunter l'apparence de reptiles; on racontait dans lé Canada français, vers 1850, qu'une vieille femme se changeait éii grenouille pour manger la crème du lait dé ses voisins ; un jour qu'elle sautillait près des terrines qu'elles avaient écrémées, elle fut prise par la fermière qili la mit sur fin fer fOUgl au feu, mais là grenouille s'échappa et sortit de la maison ; le lendemain quand elle vint voir sa voisine, ses mains semblaient brûlées, et elle fut plusieurs jours sans pouvoir travailler 4 ; en Wallonie, Une sorcière éprouve une aventure pareille : une fertime ayant donné Uti COtip de fourche à Un cfâpaUd qui tétait sa vache, fertcoritra, le lendemain, sa voisine qUi avait la main percée. Dans le Morbihan français, une servante Sorcière s'ëtàht Un soir Changée en couleuvre, fut battue à grands coups dé bâton par ses galants qui ne la reconnaissaient pas solis ce déguisement9.

D'autres personnages qUi tous figurent dans des contes proprement dits, on été changés en reptiles par des fées, soit poUr Un temps déterminé, soit jusqu'au moment où Une certaine éventualité se sera produite. La fille d'Un seigneur de Haute-Bretagne doit rester tortue, à moins qu'elle rte trouve quelqu'un qui consente à se marier avec elle. C'est aussi là condition imposée à la fille-grenouille d'Un conte poitevin : un garçon, ayant entendu une voix mélodieuse, dit qu'il épousera celle qui parle si bien ; aussitôt une petite grenouille saute sUr la croupe de son cheval ; grâce à elle, il sort vainqueur de diverses épreuves, dont la dernière consiste à amener la plus jolie fille du monde, qui est

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