DONS DES SERPENTS
s'approchent des gens : dans leur corps peut se trouver l'âme d'un aïeul trépassé qui expie ses péchés, et s'il vient auprès des gens, c'est pour demander des messes. On dit parfois aux environs de Dinan que les grenouilles sont des âmes qui attendent leur délivrance1.
Bien que l'on ait fait du serpent le symbole de l'ingratitude, les reptiles témoignent leur reconnaissance à ceux qui se sont montrés bienveillants à leur égard ; les contes littéraires du XVIIe siècle en donnent plusieurs exemples : une grenouille qui n'est autre qu'une fée vient au secours d'une reine fugitive qui l'avait arrachée aux serres d'un corbeau; une autre fée, qui tous les cent ans, devait être couleuvre penlant huit jours, est préservée par un prince de la poursuite d'un jardinier qui voulait la tuer, et quand elle a repris sa forme naturelle, elle devient sa protectrice 2. Le lézard que le héros d'un conte de la Haute-Bretagne a retiré de dessous une pierre le remercie de son bon cœur, et lui aide à surmonter des obstacles. Sept lézards auxquels un chercheur d'aventures gascon a donné des miettes de pain, promettent aussi de le secourir, et lui sont fort utiles 3.
Le rôle secourable d'autres reptiles n'est pas précédé d'un service : La couleuvre qui vint à bord d'un navire breton et se logea dans la cale, en recommandant aux matelots de ne découvrir sa retraite à personne, était vraisemblablement une fée ; elle leur dit de la consulter quand ils auront besoin de quelque chose, leur donne des conseils utiles, et, lorsque le vaisseau est menacé par des sauvages, elle souffle dessus et les tue4. Uue couleuvre qui est la sœur de la fille née avec une couleuvre au cou, mord au talon un seigneur qui avait épousé celle-ci et qui s'apprêtait, comme Barbe-Bleue, à la tuer 5.
Suivant des légendes de l'antiquité, des serpents avaient communiqué le don de comprendre le langage des oiseaux â Mélampus, à Cassandre, à Hélénus, en leur léchant les oreilles ; dans quelques récits contemporains la salive des reptiles procure aussi la science ou la force : le héros d'un conte wallon ayant ramené le fils que le Père Serpent avait perdu, celui-ci lui dit d'ouvrir la bouche, et, quand il y a soufflé et craché, le jeune homme comprend ce que disent les oiseaux 6. D'après deux récits de la partie centrale des Côtes-du-Nord, un homme acquiert la même faculté que les devins antiques en mangeant la chair d'un reptile : Une fée, d'autres disent une sorcière, fit cuire une couleuvre
1. H. Diverrès. in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 27: Comra. de Mme Luciede V.H.
2. Madame d'Aulnoy, in Cabinet des Fées, t. III, p. 316 et suiv. , t bid. , t. Il; le Prince lutin.
3. Paul Sébillot, 1. c, t. II, p. 207 et suiv. : J.-F. Bladé. Contes, i. I, p. 459, 165.