‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 273 sur 491 · ORIGINE LÉGENDAIRE · texte numérisé non relu

ORIGINE LÉGENDAIRE

femme se mit à les chercher, et sa figure prenait un tel air de contentement chaque fois qu'elle était parvenue à en saisir une, que saintPierre remercia Dieu, qui dans sa bonté, l'empêchait de s'ennuyer1. C'est aussi pour travailler la peau des fainéants que les poux furent créés, bien des années après le commencement du monde. On raconte dans le Morbihan breton que Notre Seigneur et saint Pierre rencontrèrent, un jour de mai, un homme couché sur l'herbe. « Que fais-tu là? lui demanda le Seigneur. — iVayant rien à faire, je me chauffe au soleil ». Notre Seigneur ramassa une poignée de poussière, la lui jeta dans le sein et la changea en poux. En Picardie, une femme pauvre, qui avait souhaité d'être riche pour ne plus travailler, fit un héritage, elle s'ennuya tellement d'être inoccupée qu'elle pria le bon Dieu de lui donner des piotes bêtes pour la distraire; il exauça sa prière et lui envoya des poux, des puces et des punaises2. On dit en Haute-Bretagne qu'une bonne sœur, qui n'avait pas d'occupation, inventa les puces pour se désennuyer. A Marseille, on prétendait que ces insectes naissaient dans les églises3. Au XVIe siècle, certains, croyant à une sorte de génération spontanée, disaient que la laine de la brebis arrachée de la gueule du loup engendrait force poux '*. Les vers à soie seraient aussi postérieurs à la création générale: on dit en Provence que les magnans sont sortis pour la première fois des plaies du saint homme Job. Comme l'introduction des vers à soie est relativement moderne, il est possible que cette donnée soit d'origine orientale. Une gracieuse légende du Morbihan prétend que les abeilles sont nées des larmes que Jésus versa sur la croix ; pas une ne tomba sur terre, mais toutes s'envolèrent, pour porter, de la part du Sauveur, quelque douceur aux hommes5.

Plusieurs récits parlent de l'orgueil des abeilles, et de la façon dont il fut rabaissé ; suivant la version nivernaise, au moment où le bon Dieu distribuait ses dons aux animaux, elles demandèrent à être logées dans un panier d'argent, suivant celle de Basse-Bretagne, dans une maison d'or. Dieu irrité de leur prétention, répondit qu'elles auraient pour demeure des maisons de paille ou des paniers d'osier enduits de bouse de vache. Les abeilles voulaient de plus que leur piqûre fût mortelle ; Dieu décida que les piqûres faites à une créature vivante seraient pour elle un danger, mais que toute abeille qui

1. Paul Le Blanc, in Mélanine, t. II, c. 8 ; Félix Chapiseau. Le F.-L. de la Beauce. t. II, p. 247; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. Il, p. 369.

2. P.-M. Lavenot, 1. c. p. 11 : A. Bout, in Revue des Trad. pop., t. XVII, p. 220.

3. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne, t. II, p. 304 ; Bégis de la Colombière. Les Cris de Marseille, p. 273.

•4. Laurent Joubert. Seconde partie des erreurs, p. 160.

5. E. Bolland. l'aune populaire, t. III, p. 322 ; Lucie Guillaume, iu Rev. des Tràd pop., t. XVII, p. 49.

piquerait eu mourrait. D'après la tradition morbihanaise elles furent logées dans des palais d'or, et ceux qui osèrent y toucher furent blessés par elles et moururent ; mais Dieu, voyant qu'elles étaient devenues orgueilleuses et malfaisantes, les punit en les réduisant à habiter sous de petits toits de chaume, et maintenant, quand elles piquent les hommes, ce sont elles qui périssent. En Haute-Bretagne, où les avettes n'existent que depuis la venue de Jésus-Christ sur terre, lorsqu'elles furent sur le point de le quitter pour essaimer par le monde, l'une se mit à dire : « Tout ce que je piquerai avec mon dard mourra ! — Non, répondit Notre Seigneur; toute personne que vous piquerez s'en ressentira, mais après l'avoir piquée, vous mourrez1 ».

Une particularité bien connue du bousier (Meloe) qui, lorsqu'on crache sur lui, secrète une sorte de liqueur rouge, est l'objet d'une explication populaire dans l'Aude, où l'on dit que cet insecte s'abreuva des gouttes de sang tombées au pied de la croix, et les enfants en le couvrant de crachats jusqu'à ce qu'il ait émis sa goutte rouge, y font allusion : Rend la sang de nosire Segne ou te tui ! ou :

Escarbat de Sant Jan

De nosire Segne rand le sang

Ou le tui, biell magssant-.

Le peuple attribue les filandres, non pas aux petites araignées, mais à des fileuses surnaturelles: leur nom vulgaire est : Fils de la Vierge, et en Provence, on dit quand on les voit : La sanlo Vierge filo ; on les appelait en ancien français: Filasse de la Vierge Marie ; en Picardie, ils se nomment Filés-Madame, à Langres, Coton de la sainte Vierge, en Berry, Jetons de Marie ou Jetons de la bonne Ange, parce que la Vierge les jette en filant sa quenouille ; dans les Ardeunes belges, ils viennent de la lune où une fille qui y a été reléguée par punition, les file sans relâche. Les termes: Filets de saint Martin en français vulgaire, Fils ou Bilots de saint Rémy, dans la Marne, les rattachant à des saints populaires, peut-être en raison de quelque légende oubliée. On les assimile aussi à des cheveux : dans le centre on les nomme Cheveux de la bonne Vierge ou cheveux de la bonne ange, de la bonne dame sainte Ange ; dans les Côtes-du-Nord, cheveux de Madeleine, surtout lorsqu'ils sont particulièrement longs 3.

1. Achille Millien, in Hev. des Trad. pop., t. T, p. 151 ; L.-F. Sauvé, ibid. ; Lucie Guillaume, 1. c. ; Paul Sébillot. Petites légendes chrétiennes, p. 19.

2. E. Rolland. Faune pop., t. 111, p. 345; Gaston Jourdanne. Contribution au F.- L. de l'Aude, p. 39. Plus ordinairement les enfant9 se contentent de lui adresser des formulettes comme celle-ci : Donne-moi du sang rouge et je te donnerai du sang blanc. (Paul Sébillot. Trad. t. II, p. 284 ; F. Daleau Trad. de la Gironde, p. 7t.)

3. F. Mistral. Trésor; E. Rolland. Faune pop., p. 243; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. II, p. 248 ; O. Colson, in Waltonia, 1893, p. 168 ; cf. Folk- Lore de France, t. I, p. 18 ; E. Rolland, 1. c. p. 244 ; Lucie de V.-H. in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 214.

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