COMMENT ON S'EN DÉBARRASSE
ont aujourd'hui. Cette procession a lieu aussi dans le Bocage normand pour la disparition des mouches de saint Marc. Le pardon des mouches se tient à Quimper le soir du même jour dans le quartier Saint-Mathieu ; mais actuellement il n'est plus qu'un prétexte à divertissement : chacun, armé d'une épingle émoussée ou d'un piquant d'épine cherche à joindre dans la foule ou guette au passage les personnes de sa connaissance ; s'il n'est pas remarqué, il cherche à jouer de son aiguillon. Le pardon des hannetons qui a lieu au bourg de Gouesnou, le jour de l'Ascension, a perdu aussi son caractère religieux ; pour se rendre à cette assemblée, tout coq de village qui se respecte doit avoir au moins un hanneton piqué sur le ruban de son chapeau. Dans le Bocage normand, quand il y a des invasions de hannetons, on vient de cinq ou six lieues loin en pèlerinage à l'oratoire de sainte Radegonde, au Bézier '.
Au moyen âge, on exorcisait les insectes, et dans la formule la plus répandue, dont la rédaction est attribuée à saint Grat, évêque d'Aoste au neuvième siècle, ils étaient excommuniés comme agents du diable ; en 1516, l'Official de Troyes déclara maudites et anathématisées toutes les petites bêtes en leur donnant six jours pour sortir du terroir ; en 1690, les chenilles qui ravageaient les environs de Pont-Château en Auvergne furent excommuniées par le grand-vicaire, qui les renvoya devant le juge des lieux. Le rituel de Séez, publié en 1743, défend de faire des adjurations dans les champs pour en chasser les hannetons et autres insectes nuisibles, à moins d'en avoir obtenu une permission spéciale ; mais ce même Rituel contient la formule de bénédiction des champs pour l'expulsion des sauterelles, des hannetons et autres animaux nuisibles : le prêtre revêtu de son surplis et de son étole devait se rendre cians le lieu infesté et l'asperger d'eau bénite en récitant les versets et oraisons ; la cérémonie se terminait par une nouvelle aspersion en forme de croix du champ, du jardin, de la vigne. Odolant Desnos avait encore vu un vieux curé de la paroisse Sainte-Scolasse aller, le goupillon à la main, de champ en champ, asperger les chenilles et les conjurer de disparaître -. A la même époque (vers 1830i, les paysans de la Brie croyaient s'en débarrasser en invoquant sainte Gertrudele 17 Mars. En Seine-et-Marne, on faille tour de son jardin, avant le lever du soleil, en disant: « Chenilles ou chenillols, suivez-moi, je
1. Paul Sébillot. Trad. et sup., t. II, p. 296-7 ; J. Lecœur, I. c, l. 11, p. 209; E. Holland, t. III, p. 310, 310; J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. II, p. 186 ; L. Duval. Rôle des croyances pop., p. 53.
2. Alfred Maury. La Magie et l'Astrologie dans l'antiquité et au moyen-âge, p. 103, u ; Le P. Le Brun. Hist. des pratiques superst.. p. 349 ; le texte latin y est donné: L. Duval. Iiôle des Croyances pop. dans la protection des animaux, p. 51-52, 53 ; W. Jones. Credulilies, p. 303 et suiv. dans son Catalogue des procès d'animaux en mentionne plusieurs faits aux chenilles, aux mouches, etc.
m'en vais. » Et l'on prend le premier chou que l'on rencontre et en s'en allant, on dit cinq Pater et cinq Ave, on dépose le chou dans un lieu que l'on trouve à propos et toutes les chenilles y vont. Il ne faut rencontrer personne pendant cette oraison, ni parler à qui que ce soit1. D'autres procédés ne présentent aucun caractère religieux. Dans le Gard, pour escurmergà las erugos, excommunier les chenilles, on va remplir à une source d'eau, dans une commune voisine de celle qu'on hahite, et d'où l'on ne peut apercevoir le champ qu'il s'agit d'expurger, un arrosoir, dont, au retour, on répand en petits filets le contenu sur les hords du champ dévasté, en prononçant ces mots :
Erugo ruguiero Sor de ma rabieiro.
Chenille rongeuse, sors de ma ravière. En Languedoc on les conjurait autrefois, et d'une manière solennelle, aux premiers jours de printemps, en récitant cette formule :
Avalisca, tora !
De fora! De forai
E revengues pas pus, qu'ablaziguas tout!
Disparaissez, chenilles ! Dehors ! Dehors ! et ne revenez plus, que vous détruisez tout ! Dans le Loiret, on les envoie à la foire ; on choisit le jour où il y en a une dans une localité voisine. Le matin, avant le lever du soleil, on prend dans sa main droite une baguette de coudrier que l'on a préalablement plongée dans l'eau, puis de la main gauche, on saisit trois chenilles que l'on porte hors du jardin dans la direction où se tient la foire 2. En Limousin le laboureur touche les chenilles avec son aiguillon en leur criant:/! lafieira! en Poitou, quand les vers coupent le blé, on va chercher dans une commune voisine des branches de vergne que l'on plante dans le champ, les insectes disparaissent aussitôt. En Touraine, on promène la bûche de Noël dans les carrés du jardin, afin d'empêcher les loches et les insectes de les ravager 3.
Les pratiques destinées à mettre les gens et les habitations à l'abri des insectes désagréables sont aussi nombreuses : Au XVIIe siècle, pour n'être point mordu des puces, il fallait dire och och, en entrant dans un lieu où il y en avait. Dans le Loiret, pour chasser les poux et les puces, on fait brûler dans l'intérieur des maisons, le jour du Carnaval, une poignée de paille provenant de la paillasse du lit ; dans le Perche, on attribue aux tisons de Saint Jean la propriété d'éloigner les puces. En Wallonie un os de mort, des feuilles de fougères chassent
1. Ladoucette. Mélanges, p. 413; André Lefèvre, in Rev. des Trad. pop. t. VII, p. 244.
2. E. Rolland, 1. c. p. 320; Revue des langues romanes, t. IV, p. 564; E. Rolland,!, c. p. 319.
3. M. M. Gorse. Au bas pays de Limosin, p. 271 ; Léon Pineau. Le Folh-lore du Poitou, p. 506, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 481.