ENDROITS OÙ ILS NE PEUVENT RESTER
les punaises des lits. Autrefois, on pendait un hareng, le Vendredi saint, aux soliveaux de la chambre afin d'empêcher les mouches d'y entrer; une superstition analogue a été relevée en Anjou, où le rite consiste à porter une sardine à la messe un vendredi et à la suspendre aux poutrelles ; suivant quelques-uns cette pratique n'est efficace que le Vendredi saint; une tête de sardine clouée à la porte de la maison le jour saint Marc empêche ces insectes d'y entrer ; dans la Creuse pour être préservé toute l'année de la piqûre des moucherons on lance du bouillon au plafond le jour du Carnaval. En Poitou, on dit aux enfants que les « mussets » les dévoreront s'ils mangent de la soupe le soir de ce jour1. A Liège un martin-pêcheur desséché empêche la larve de la teigne de ronger les étoffes ; une tête de pie tuée pendant la lune de mars éloigne les mouches 2. En Anjou, on charme les araignées en répétant ce mot : Roch, ou saint Roch ; elles ne peuvent fuir, et on les tue facilement. En Poitou, quand les ranes chantent, on frappe avec un bâton sur les lits en répétant: Aux puces, aux ranes ! cela chasse les puces pour toute l'année ; en Anjou, on se sert d'une baguette de noisetier d'un an, coupée le Vendredi saint3.
Au moyen âge, il y avait plusieurs endroits où ne pouvaient rester des insectes importuns ou désagréables ; on disait au XIIIe siècle qu'aucune mouche, aucune araignée ne pouvait vivre dans le réfectoire attenant à l'église du Puy en Velay. Si on y apportait quelqu'un de ces insectes il mourait ou se hâtait de s'envoler. Gervaise de Tilbury qui rapporte ce fait ajoute : On observe le même phénomène dans le village de Rariolus, près d'Aiguës Mortes, où aucune mouche ne peut vivre dans la salle à manger du curé. J'en ai fait moi-mêmel'expérience: ne croyant pas que la chose fût vraie, j'y avais apporté quelques mouches et j'y avais fait répandre du miel ; malgré cet appât toutes se sauvèrent immédiatement. Ces bêtes étant devenues incommodes dans un monastère fondé par saint Rernard, le saint les excommunia et le lendemain on les trouva toutes mortes4. Au XVIIIe siècle les boucheries de Troyes étaient bien aérées, et il n'y entrait pas de mouches. Cela passait pour un miracle, et en 1739, le lieutenant-général du bailliage vint faire une espèce d'enquête sur cet étrange respect des mouches. Le maître boucher l'attribua à la propreté et aussi aux établis de fruits
1. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. I. p. 352 ; E. Rolland, t. c. p. 261 : A. S. Morin. Le prêtre et le sorcier, p. 27; Alfred Harou, in Ilev. des Trad. pop., t XVII, p. 402; J.-B. Thiers», 1. c. t. I, p. 383 ; De la Perraudière. Trad. locales, p 16 : C. Fraysse, in Iiev. des Trad. pop., t. XX, p. 363; Auricoste de Lazarque, ibid . t. IX, p. 519 ; Léo Desaivre. Croyances, etc. p. 6.
2. Alfred Harou, in Iiev. des Trad. pop., t. XVII, p. 403; ibid, t. XVI. p. 112.
3. G. Fraysse, in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 363; Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou, p. 506.
4. Olia Imperialia, éd. Leibuitz,p. 963; Jacquesde Voragine. La Légende dorée, t. I, p. 239.
placés aux portes ; mais d'autres bouchers en firent honneur au bienheureux saint Loup, doutils montraient la statue érigée depuis longtemps pour perpétuer le smvenir de son intercession. Les boucheries de Limoges jouissaient aussi, par un privilège'dû aune statuette du même saint, d'u ne semblable immunité. Les araignées se gardaient bien de lisser leurs toiles dans la Tour sans venin en Dauphiné1.