‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 290 sur 491 · André Lefèvre, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p · texte numérisé non relu

André Lefèvre, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p

un rayon de miel ; aux environs de Lorienl on apporte de la cire aux chapelles de saint Pierre, qui est préposé aux essaims. A une fontaine de Saint Martin, à la Grande-Verrière, on fait des offrandes pour la réussite des ruches '.

Les avetles sont susceptibles et il ne faut pas leur manquer d'égards: au XVe siècle, on leur faisait des présents : Quant un homme treuve en son pourpris un vaisseau d'eeps atachiés en un arbre, s'il ne l'cslrine d'une pièce d'argent, c'est mauvais signe... cellui qui approprie à soy 1rs eeps sans les eslriner, elle ne feront que picquier celui, et jamais ne l'aimeront ne lui feront proufïH. Dans les Deux-Sèvres, on doit dire que l'abeille est morte et non qu'elle est crevée ; en Normandie, il était d'un bon usage, en leur adressant la parole, de les appeler: « Belles, Belles ! Abeilles ! Abeilles ! » ou « Mes petites belles » ; si on les désignait sous le nom de Bêtes, elles réprimaient cette grossièreté à grands coups d'aiguillons2. Dans plusieurs provinces de France, si on médit des abeilles, elles meurent; en Franche-Comté, elles dépérissent si on les regarde de travers; aux environs de Lorient, si on se dispute à propos d'elles ; en Lorraine, si les personnes auxquelles elles appartiennent ne vivent pas en bonne intelligence. Suivant une croyance très répandue, jurer ou prononcer des paroles impures devant les abeilles les fait périr; dans le Loiret et dans la Gironde, la Normandie, elles piquent les jureurs ; dans le Mentonnais les vers à soie sont également sensibles aux blasphèmes et en souffrent3.

Les paysans de plusieurs provinces attribuent aux mouches à miel le don de reconnaître ceux qui ont failli à leur devoir, et ils assurent qu'elles les poursuivent de leur haine, comme celles qui figurent dans l'éloquente apostrophe de Victor Hugo. Suivant une croyance générale, elles piquent, seule au milieu de ses compagnes, la fille qui n'a pas conservé sa chasteté ; dans les Deux-Sèvres, les avetles — et aussi les guêpes — , ne s'attaquent qu'aux coureurs de filles1. Un passage d'un poète du XVIe siècle fait allusion à une idée, qui n'a pas été relevée de nos jours, d'après laquelle elles faisaient sentir leur colère aux paresseux :

Apprend/., marault, apprend/, ta leçon de ces mouches Qui sont aux fainéants comme toi si farouches *.

1. Léon Piueau. Le V.-L. du Poitou, p. 511 ; E. Rolland, p. 269 ; L. Lex. Le aille îles eaux en Saône- et- Loire, p. 47.

2. Les Evanr/iles des Quenouilles, II, 18; B. Souche. Proverbes, p. 21 ; L. du Bois. liecherches sur la Normandie, p. 339.

i. Dr Perron. Prov. de Franche-Comté, p. 18: E. Rolland, 1. c, p. 268; Richard. Trad. de la Lorraine, p. 48 ; F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 47 ; L. du Bois, p. 339; J.-B. Audrews, in liev. des Trad. pop., t. IX, p. 219

4. Les Châtiments : Aux abeilles du manteau impérial. E. Rolland. Faune pop., t. III, p. 268.

'j. Claude Gauchet. Le plaisir des champs, p. 109.

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