‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 289 sur 491 · LES ABEILLES ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

LES ABEILLES ET LA RELIGION

une petite croix de coudrier ou d'aubépine bénie à la messe1. Dans les Hautes-Vosges, le vendredi saint, on nettoie le coin réservé aux abeilles, et on met sur chacun des paniers une petite croix en cire bénite, afin d'assurer la prospérité de ces bonnes ouvrières et de les empêcher d'essaimer au loin. À la Fête-Dieu, on pose des couronnes bénites sur les ruches, en vue de préserver leurs hôtes des maladies et des accidents2. On croit en Hainaut et en Suisse, que les abeilles chantent pendant la nuit de Noël ; en Wallonie, en Picardie, un essaim qui s'établit dans la ruche, le soir de la Fête-Dieu, dispose un des gâteaux en forme de Saint-Sacrement ; dans la Côle-d'Or, les aveltes y forment un calice en miel ; en Haute-Bretagne, si elles essaiment le jour Sainte-Anne, il y a un cierge au milieu d'un des paniers ; c'est la ruche du roi ; si elles essaiment un jour consacré à la Vierge, les rayons sont en croix et c'est la ruche de la reine3. Une légende du moyen âge rapporte à la fois une superstition et un exemple des constructions pieuses des mouches à miel : un paysan possesseur d'un grand nombre de ruches, et très avare, apprit d'un sorcier que si le jour de Pâques, il gardait par devers lui la sainte hostie, et la déposait dans une de ses ruches, toutes les abeilles de ses voisins quitteraient leur demeure pour se rassembler au lieu où se trouverait le corps du Seigneur, qu'elles y feraient leur miel et qu'ainsi il pourrait se les approprier. Il suivit ce conseil, et en effet un essaim nombreux accourut bientôt à la ruche où l'hostie avait été placée, et elles entreprirent de construire à leur manière une petite église en cire> d'élever des piliers et de construire un autel. Puis elles transportèrent avec le plus grand respect le corps du Seigneur sur cet autel improvisé et terminèrent le monument1.

En Seine-et-Marne, pour que les abeilles ne s'éloignent pas, on récite l'oraison suivante en se mettant à genoux auprès des ruches et en enfonçani le doigt dans la terre : « Mouche, Dieu t'a créée en ce lieu, et Dieu te prie de rester en ce lieu ». El l'on fait le signe de croix en se levant3. Quelques dévolions populaires sont en relation avec les abeilles; c'est pour elles qu'on va en pèlerinage à Mazerolles en Poitou, et que l'on suspend au cou de la Vierge un beau morceau de cire ou

1. E. Rolland, 1. c. p. 267; A. Montémont. Voyage à Dresde et dans les Vosges, p. 68-69; Jean Dutrech, in Lemouzi, janvier 1905 ; Body, in Wallonia, t. VU, p. 172; Jehan de la Chesuaye, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 462; E. Rolland, 1. c, p. 267 ; même coutume en Limousin. Lemouzi, janvier 1905.

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