E. Rolland. 1. c. p. 315 ; Paul Sébillot. Tràd. p
3. J.-B. Thier*. Traité des Sup. t. I, p. 227 ; E. Rolland. Faune pop., p. 269 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L.des Hautes-Vosges, p. 28 ; Paul Sébillot. Coutumes, p. 368 ; Jehan de la Chesnaye, in Rev. des Trad. pop., t. ,XVIt, p. 286 ; A. Harbu, ibid, p. 378; L.-F. Sauvé, 1. c. p. 2; ; F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 60.
i. E. Rollaad. Faune pop., t. III, p. 327 ; Joseph Defrecheux. Les Enfantines liégeoises, p. 173.
jeux avec; le hanneton 327
L'insecte, une fois entre les mains des enfants, devient une sorte d'acteur: ils l'attachent à l'aide d'un gros fil, dans une espèce de chaire faite avec des morceaux de cartes, en ayant soin que ses deux premières pattes seules paraissent; ainsi retenu, il fait des efforts pour s'échapper; il rapproche ses antennes et semble avoir un bonnet carré ; il tire la tête, étend les pattes, ce qui lui fait imiter les gestes d'un prédicateur. A Liège lorsque l'enfant fixe le fil ;ï lu pointe de L'abdomen du hanneton, celui-ci continue ses battements d'ailes un certain temps en s'aidant du fil, après que l'enfant l'a saisi de ses doigts par cette pointe ; c'est ce qu'on appelle prêchî*. Dans les Deux-Sèvres, les écoliers lui enlèvent une élytre, et l'extrémité d'une patte de derrière; ils plient l'élytre en deux en l'assujétissant à l'aide d'une épingle dans la cuisse amputée; ils passent ensuite une légère baguette dans l'élytre, et le hanneton excité prend à tourner autour du morceau de bois; c'est ce qu'ils nomment un moulin à cigales. Ailleurs il sert à la manœuvre d'un moulin à vent : il suffit de couper une carte en deux, dans sa longueur, d'en rogner les morceaux, de les coudre en croix de Saint-André et d'attacher le milieu de cette croix au bout d'un bâton ; on lie un hanneton à chacune de ses extrémités, on fiche le bâton au soleil, et les hannetons, qui volent en ronflant, font tourner la petite aile du moulin à vent2.
L'ancien dicton : « Il se tiennent par le eu comme des hannetons », qui s'applique aux personnes qui sont toujours ensemble ou qui s'allient dans leur famille, fait allusion au jeu qui consiste à réunir plusieurs de ces insectes eu à eu avec des brins d'herbe, et à les secouer ensuite pour les faire « brunder » ; c'est-à-dire voler avec bruit. Dans un autre amusement, renouvelé des Grecs, et populaire à la ville aussi bien qu'à la campagne, il suffît d'attacher \n\ til à la patte d'un hanneton ; on le fait s'envoler et il est forcé de tourner en cercle ; on lui passe aussi une aiguillée de fil dans la partie cartilagineuse qui termine l'abdomen. Les enfants lui adressent alors des formules ; la plus ordinaire est celle-ci, dont il existe de nombreuses variantes :
Hanneton, vole, vole, vole,
Ton mari est à l'école,
11 a dit si tu ne voles
Qu'il te couperait la gorge
Avec un couteau de Saint Georges 3.
Un conte littéraire du XVIIIe siècle l'ait allusion à ce jeu età sa formule
1. E. Rolland, 1. c, t. 111,334; .1 . Delaite. Glossaireldes Jeux: wallons , p. 42.
2. B. Souche. Proverbes, p. 23: E. liolland. Faune pop., p. 334.
::. Leroux. Dictionnaire comique', Paul Sébillot. Trad., t. 11, p. 291. ; Aristophane. Les Nuées, vers 763 : Donne l'essor à ton esprit, comme au hanueton attaché par la patte à un fil; Delaite. Glossaire des Jeiu- nations, p. 9 ; E. Rolland, p. 333-339; Léo Desaivre. Formuletles du Poitou, p. 6; Paul Sébillot. Traditions, t. 11, p. 295-296.
initiale habituelle : La reine voit trois gros hannetons qui tenaient chacun dans leurs pattes une de ses filles, et trois grandes demoiselles qui portaient sur leur dos ses trois fils ; tout cela en s'en volant par la fenêtre, chantait en chœur et fort mélodieusement: Hanneton, vole, vole, vole ». D'autres rimetteslui conseillent de se hâter d'aller voir ce qui se passe chez lui ; c'est ainsi qu'on dit à Lille :
A Bruants, à Ronchin,
I' n"y du fu dans tin moulin ;
Et qu'on lui récite en Alsace une chansonnette dont voici la traduction : « Hanneton, envole-toi ! Ouvre la grange à ta mère, les Juifs viennent, les paysans viennent ; ils veulent compter avec toi, ils veulent te mettre à mort, toi et tes chers enfants2. Une comparaison d'un poète du XVIIe siècle montre qu'on le traitait de la même manière :
Il (Marot) gagna l'huis faisant des esses Une quenouille entre les fesses, Tel qu'un hanneton quand au eu Lui pendille un brin de fêlu.
A Audierne (Finistère), c'est un bois d'allumette qu'on lui introduit sous la queue3. En Franche-Comté on appelle faucille le fétu que l'on enfonce dans l'abdomen du taon, que l'on fait ensuite envoler, en lui disant de partir pour la moisson 4.
Lorsque le hanneton, qui a le corps très lourd, enfle son abdomen en
y faisant pénétrer par ses stigmates le plus d'air possible, il élève et
abaisse alternativement ses élytres pendant quelques secondes avant de
s'envoler. Les enfants disent en nombre de pays de France qu'il
compte ses écus, en Wallonie qu'il compte ses heures et qu'il fait ses
paquets ; à Liège, ils se mettent à lui chanter :
Abalowe, fez vosse paquet, il est timps d'enn' èraller.
Ine heure,
Deux heure,
Treus heure,
Vole èvoîe r>.
On adresse à la coccinelle qui, ainsi qu'on l'a vu, est consultée même par les grandes personnes, de nombreuses formulettes pour l'engager à s'envoler; mais au lieu d'être menaçantes, ce sont ordinairement des espèces de prières pleines de promesses ; telles sont celles du Languedoc, dont voici la plus simple :
Galineta monta au ciel, Te dounarai de pan d'agnel.
i. Caylus. Cadichon. Cabinet des Fées, t. XXV, p. 400.