‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 315 sur 491 · G. Le Calvez," in Rev. des Trad. pop., t. 1, p · texte numérisé non relu

G. Le Calvez," in Rev. des Trad. pop., t. 1, p

méprisé à une imitation infructueuse du diable : un jour que saint Guénolé l'avait défié de fabriquer un poisson, il arriva en nageant au milieu d'un banc de maquereaux, et se dit en les voyant si nombreux qu'ils ne devaient pas être difficiles à faire. Il se met à l'œuvre, et a vite façonné un poisson ; il était prêt à le lâcher, lorsque la bête, sentant l'approche de l'eau, déploie ses ailerons, et le diable pousse un cri de douleur en secouant ses doigts : au lieu d'un maquereau il n'avait fait qu'un chinchard [Caranx trachurus) avec des piquants sur le dos, et sur les côtés, la marque de ses griffes '.

Les pêcheurs expliquent par des légendes postérieures à la création les particularités que présentent certaines espèces : ceux du pays de Tréguier racontent qu'un jour une étrangère qui passait sur la grève, en marchant très vite, demanda à une petite plie qui se chauffait au soleil dans un ruisseau, si la marée montait ; au lieu de répondre, celleci se mit à répéter ses paroles en faisant des grimaces. A ce moment le tlux commença, et l'étrangère, qui était la Sainte Vierge, dit au poisson moqueur : « Petite plie à la bouche de travers, une autre fois vous serez plus sage. » Et depuis les limandes de cette espèce ont cette difformité2. Le Poisson Saint-Pierre [Zeus faber) a, des deux côtés du corps, deux marques noires, fort distinctes, qui ont donné lieu à des explications légendaires : en Provence quelques-uns prétendent que ce nom lui a été donné parce que saint Pierre avait péché un de ces poissons sur l'ordre de Notre- Seigneur, pour en retirer la pièce de monnaie qui devait servir à payer le tribut à César ; à Marseille on dit que saint Pierre l'ayant pris avec la main, lui laissa l'empreinte de ses deux doigts. Les pêcheurs de Picardie racontent que l'apôtre ramena jadis dans ses filets une petite dorade, qui le supplia de la laisser rejoindre au fond des eaux sa nombreuse famille ; il y consentit, et en souvenir elle garde la marque de ses doigts. Sur le littoral de la Haute-Bretagne, ce poisson porte non pas deux, mais cinq empreintes; elles ne sont pas dues au prince des apôtres, mais au bon Dieu lui-même : un jour qu'il avait envie de manger du poisson, il appela la poule de mer, qui accourut aussitôt : mais quand il l'eut dans sa main, elle lui sembla si belle qu'il ne voulut pas la tuer; il lui marqua ses cinq doigts sur le dos et la remit à l'eau en lui disant: « Va, tu es trop belle pour être mangée, crois et multiplie ; mes cinq doigts serviront à le faire reconnaître. » Dans une autre version, c'est un simple pêcheur qui voyant ce poisson pour la première fois le remet à la mer après l'avoir marqué.

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