‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 317 sur 491 · Pr. Marquer, in Hev. des Trad. pop., t. III, p · texte numérisé non relu

Pr. Marquer, in Hev. des Trad. pop., t. III, p

4. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 270 ; Cambry. Voyage dans le Finistère, p. 334,

CROYANCES ET PUÉSAi.lS 3 H

Les pêcheurs disent qu'il existe entre les différent.^ fspèees des amitiés ou des inimitiés pour ainsi dire héréditaires. La vive et le rouget se haïssent depuis que celui-ci l'a remplacée, dans des circonstances légendaires, comme roi des poissons. D*après Valmont de Bomare la langouste est l'ennemie du congre ; en Haute-Bretagne, celui-ci est l'ami du homard, qu'il mange cependant quand il est mou. Les pécheurs d'Antihes croient que les espadons ont des sentiments d'amitié pour les thons, et qu'ils cherchent à les délivrer des filets où ils sont pris ; suivant d'autres, ils tâchent au contraire de leur couper la route quand ils émigrent le long du rivage'. Un petit poisson nage devant le Roué de mer (Cyclopterus Lampus) pour le conduire, et un conte de marins prétend que ce pilote lui est nécessaire: un homard, pour se venger du Roué, lui ayant enlevé son guide, le Roué, livré à lui-même, vint s'échouer sur les cailloux -.

Au XVI* siècle, on attribuait sur les côtes du Poitou des sentiments de solidarité à une certaine espèce : L'escare ayant avalé l'hameçon du pescheur, ses compagnons s'assemblent en foule autour de luy et rongent la ligne : que si d'adventure il y en a un qui ait donné dans la nasse les autres lui baillent la queue par dehors et luy la serre tant qu'il peut et à belles dents, ils le tirent ainsy au dehors 3.

Les marins de Tréguier disent qu'il y a en mer des poissons monstrueux ; mais on ne les voit que le soir au clair de lune ; ils se montrent surtout quand les pêcheurs veulent prendre dans leurs filets tous les poissons, gros ou petits. Les matelots content aussi qu'ils ont vu de ces poissons grands comme des îles qui transportaient sur leur dos des bateaux et même des navires4.

Les poissons servent à la prédiction du temps : en Haute-Bretagne, quand le Roué de Mer bat de la queue sur l'eau, dans le Finistère quand les gros poissons se promènent à la surface c'est un présage de vent. On disait au XVIIe siècle: les poissons qui de beau temps paroissent sur l'eau et semblent se jouer sont marques de pluve ou «le quelque tempeste ; je ne me suis jamais vu accueilli de tempestc que quelques jours auparavant je n'eusse veu des marsouins et autres gros poissons s'esbatlre autour de notre navire. En Basse-Bretagne deux ou trois jours avant le gros temps, les poissons mordent comme des affo-

3j}5. Fréminville dit en note que ce poisson est le SquçlIuç GfauGUS : Paul Sébillot, 1. c, p. 272. 254.

1. Fr. Marquer, in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 647 ; Valmont de li<> nuire. Uni. a" Histoire naturelle; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 254; A. Certeux, in Rev. des Trad. pop., t. XIII, p. 502.

2. Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 270; Contes, t. III, p. 360.

:{. Guillaume Bouchet. Les Serées, p. 207 ; ce qu'il dit de la nasse est ;ï peu prés semblable à ce que Pline a écrit. Hist. val., I. XXXIII, c. 5. 4. Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 393.

lés ; quand il se gâte, ils n'approchent plus des lignes1. Dans le Mentonnais, on dit en coupant la tête des requins :

Requin qui perd la tête, Tempête.

Si elle résiste :

Requin qui se défend, Grand vent2.

Les phénomènes électriques sont en relation avec quelques espèces ; Dj Bartas appelle l'alose : le Craint-foudre Coulac, et son commentateur ajoute qu'il cherche l'eau douce au printemps et en esté, mais que s'il oit le tonnerre il se retiie vers la mer3. D'autres ont écrit que les aloses redoutaient ce bruit et s'enfonçaient dans les profondeurs de la vase dès qu'elles l'entendaient ; mais que des sons modérés leur étaient très agréables en certaines circonstances, et que des pêcheurs mettant à profit cette disposition, les attiraient quelquefois en attachant à leurs filets des arcs de bois garnis de clochettes4.

Les pêcheurs ne semblent pas convaincus de la réalité du proverbe : Muet comme un poisson. Ils racontent même que certains avaient autrefois le don de la parole ; le congre l'a perdue depuis que le homard, qu'il voulait manger, lui a coupé la langue'avec ses pinces. Les gens du littoral interprètent à leur manière, assez rarement il est vrai, les sons que quelques poissons font entendre en mer, ou lorsqu'ils sont pris ; c'est ainsi que le grondin répète en grognant : « Ma femme est grosse I », que le maquereau bâtard se plaint et qu'il engage, par des rimes pleines de promesses, le pêcheur à le laisser s'en aller. Aux environs de Saint-Brieuc, des marins croient que les poissons parlent le jour de Pâques ; il y en a même qui affirment les avoir entendus, et qui assurent, qu'au lever du soleil et lorsqu'il disparaît sous les flots, ils lui adressent une prière. D'autres disent que chaque matin quand il se lève, beaucoup de poissons paraissent à la surface de l'eau, et sautent en l'air comme pour le saluer ; ils font la même chose quand il se couche. On dit aussi dans la même région que la mer fait constamment entendre une plainte ; elle pleure les enfants que les pêcheurs lui ont pris ; suivant quelques-uns ce bruit est produit par les poissons qui, à travers les vagues, sanglottent à cause de la mort de leurs frères5.

Les pêcheurs croient aussi que les poissons peuvent les comprendre,

1. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 211 ; Le P. Fournier. Hydrographie, 1. XV, c. 32 ; Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. II, p. 270.

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