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LES CRUSTACÉS

Des pécheurs vous ne serez jamais aimés, Mais toujours haïs vous serez Puisque vous les maudissez.

Ceux qui vont poser les casiers destinés à prendre les homards et les crabes leur adressent une longue conjuration pour les engager à venir y manger l'appât *.

Le crabe est le seul crustacé qui semble servir aux jeux des petits pêcheurs : chaque enfant s'empare d'un crabe, le plus vigoureux qu'il puisse trouver ; lorsque chacun a le sien, on place les champions sur une seule ligne, et la course commence ; on parie que tel ou tel arrivera le premier au but déterminé ; si l'un des coureurs dévie trop, on le fait rentrer dans la piste en le poussant avec un bâton ; on attache un ruban à la patte du vainqueur. Ce jeu était devenu, il y a quelques années, à la mode sur les plages, et un dessin du Journal Amusant, 25 octobre 1885, représentait une course à laquelle s'intéressaient les baigneurs \

Les crustacés d'eau douce, beaucoup plus petits et moins variés que ceux d'eau de mer, ont un rôle peu important en folk-lore, et les faits recueillis jusqu'ici se rapportent seulement à deux espèces. En Franche-Comté une petite crevette (Gammarus pulex) qui vit dans les fontaines est regardée comme très dangereuse : elle continue, dit-on, à vivre dans l'estomac de celui qui a eu le malheur de l'avaler, et y grossit tellement qu'elle finit par causer la mort. Les lavandières des Deux-Sèvres l'accusent de couper le fil des échevaux mis à tremper3. Le nom de Piau dau diable, pou du diable, que l'éorevisse porte dans la Suisse romande, semble aussi lui attribuer une certaine malfaisance ; mais on n'a point relevé de superstition en rapport avec cette idée *.

Ce crustacé est surtout connu par son emploi dans la médecine populaire. Au XVIIe siècle, des écrevisses pilées vivantes et mises ensuite dans de l'eau ou du vin blanc constituaient un breuvage pour les phtisiques ou contre les coliques venteuses. A Liège, on lie les pinces d'une écrevisse pour qu'elle ne puisse s'en servir, et on l'applique ainsi toute vivante sur le sein cancéreux 5.

Au XVIe siècle on se servait aussi de ce crustacé pour défendre les semences des oiseaux et de toutes autres bêles : Aucuns mettoient dix écrevisses en un vaisseau plein d'eau qu'il couvroient et exposoient au

1. Paul Sébillot in Rev. des Trad. pop. t. III, p. 596; A. Dagoet et J. Mathurin. Le langage cancalais. St-Servan, 1906, in-18. Paul Sébillot. Le Folk-Lore des pécheurs, p. 244-245.

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