‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 338 sur 491 · M""> Jules Lambert, ibid., t. XI, p · texte numérisé non relu

M""> Jules Lambert, ibid., t. XI, p

ne connaissait pas auparavant, et leur piqûre était aussi dangereuse que la morsure d'un serpent. La belle coupable fut condamnée à se rouler sur ces épines, partout où elle avait péché ; mais, comme il n'était pas juste que tout le monde souffrit à cause d'elle, depuis que saint Germain est venu dans le pays, elles ont disparu pour la plupart, et les dernières pous>ent sur les dunes de Saint-Cast. En Ille-et-Vilaine, où les fleurs de l'églantine se nomment Roses du diable, quelques personnes disent que ce rosier sauvage a été planté par le démon, et que ses fruits lui servaient de pain l.

Les paysans des Côtes-du-Nord ont une légende facétieuse sur les lianes piquantes des ronces : jadis les ronces tenaient auberge, mais elles firent crédit à tant de monde, qu'elles ne purent payer leurs créanciers et furent obligées de chercher leur pain ; depuis elles accrochent les gens pour tâcher d'être payées2.

Les particularités de plusieurs arbustes sont expliquées par des épisodes d'une légende dorée rustique, qui présentent des analogies avec leur aspect ou avec les qualités bonnes ou mauvaises qu'on leur attribue. On dit en Wallonie que le parfum agréable de la fleur d'aubépine lui a été donné par Marie en souvenir des langes de l'enfant Jésus qu'elle étendait sur cet arbrisseau ; dans le Pas-de-Calais, son odeur est légèrement urineuse depuis que la Vierge les a mis à sécher sur ses rameaux ; à Liège, certaines épines ont des fleurs roses parce que les branches de cet arbuste ont servi à tresser la couronne du Christ. Voici pourquoi, dit-on en Gascogne, la rose blanche est bénie : la Vierge cultivait un pied de roses rouges ; un jour qu'elle n'avait pas d'eau pour l'arroser, des voisins lui en apportèrent, mais Joseph altéré par la fièvre la but; les roses se desséchèrent et l'Enfant Jésus, qui avait coutume de s'amuser avec, se mit à pleurer en les voyant en cet état ; alors Marie laissa tomber une goutte de lait sur les roses flétries, qui reprirent vie aussitôt et devinrent toutes blanches3. Suivant la croyance du Mentonnais, la décollation de saint Jean- Baptiste eut lieu sous un figuier ; c'est pour cela que ses branches se « décollent » facilement, surtout le jour de la fête du Précurseur ; celui qui monte alors sur cet arbre s'expose à faire une chute dangereuse; cette superstition a sans doute été influencée par le terme d'église par lequel on désigne le supplice du saint. Le goût de certains fruits a

1. Lucie de V.-H., in Hev. des Trad pop., t. XVI, p. 364; F. Duine, ibid., t. XVIII, p. 385 ; la Heur se nomme aussi rose sorcière en Aujou et daus la Mayenne, rosse d'sorciéle à Valenciennes ; masco — sorcière, dans l'Aveyron (E. Rolland. Flore pop., t. V, p. 231.)

2. Paul Sébillot. Trad. de la Haute- Bretagne, t. II, p. 322.

3. E. Monseur. Le F.-]., wallon, p. 20;' E. Rolland. Flore pop., t. V, p. 163; Alfred Harou, in Hev. des Trad. pop., t. XVII, p. 299 : E. Rolland, 1. c, p. 251. d'à. la Hev. de Gascogne, 1883, p. 78.

subi des modifications qui se rattachent à la légende : on raconte en Haute- Bretagne que les baies de sureau étaient autrefois excellentes ; mais depuis que Judas s'y est pendu, elles sont devenues si amères qu'on ne peut les manger V C'est au contraire à l'intervention d'un saint que les pommes des marais de Dol doivent d'être mangeables : Saint Magloire poursuivi par les païens, se blottit au fond d'un vieux pommier creux qui n'avait plus qu'une seule pomme au bout d'une branche à la proximité de la main du saint ; celui-ci qui était dévoré par une soif ardente la cueillit, et au lieu de la trouver acre, elle lui fournit une liqueur aussi douce que du miel ; c'est l'origine des pommes de Doux Auvêque ; d'après une ancienne vie latine de ce saint (XIe ou XIIe siècle), les moines qui transportaient le corps de saint Magloire, ayant posé son cercueil sur l'entrecroisement des deux maîtresses branches d'un pommier qui ne donnait que des fruits amers, la branche qui avait été en contact avec lui produisit depuis des pommes d'une saveur délicieuse 2.

Un arbre au feuillage panaché, qu'on remarque à Trazegnies (Hainaut) dans le parc du château, a succédé à d'autres, dont le premier fut béni par saint Duvand, et les gens du voisinage racontent que ses feuilles sont devenues bigarrées à la suite des gouttes d'eau bénite dont elles furent aspergées par le saint \

On dit en Forez que le tremble a été condamne à trembler éternellement à cause de son orgueil ; seul de tous les arbres il refusa de s'incliner devant saint Pardoux '\ Aux environs de Dinan où chacune de ses feuilles est une âme d'enfant, si elles sont blanches eu dessous, c'est qu'au pied de ces arbres se trouvent des pièces d'argent; l'endroit est indiqué le vendredi, à minuit, par un rayon de lune qui l'éclairé pendant une seconde ; c'est pendant ce court espace que la pioche du chercheur peut atteindre le trésor. Dans les Coles-du-Nord, les feuilles de l'érable deviennent rouges à l'automne parce que le sang de la fée qui y est domiciliée s'en va goutte à goutte ;.

On sait qu'en toute saison, on peut voir des ajoncs fleuris; cette particularité a donné lieu à des dictons ; en Poitou, à la demande : Kn quelle saison l'ajonc n'est-il pas en fleur ? on répond : A l'époque où les femmes ne sont pas amoureuses, c'est-à-dire qu'il fleurit toute L'année. En Basse-Bretagne, promettre d'aimer tant que l'ajonc sera en fleur, c'est promettre d'aimer toujours, et Tondit aux environs de Lamballe :

1. J.-B. Andrews, in lier, des Trad. pop., t. IX, p. 216; Paul Sébillot, tbid., t. IV, p. 410.

2. E. Herpin. La côte d'Emeraude, p. 233. Suivant cet auteur on aurait appelé cette pomme Doux évêque, en souvenir de ce miracle ; A. de la Borderie. Les miracles de saint Magloire. Hennés, 1891, in-8, p. 20, 93.

Page 1