‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 339 sur 491 · Lucie de V.-Il., in Hev. des Trad. pop., t. XVII, p · texte numérisé non relu

Lucie de V.-Il., in Hev. des Trad. pop., t. XVII, p

En tout lieu, en tout temps Il y a de la fleur de jan '.

Une légende du Finistère explique l'origine de cetle floraison perpétuelle : au temps jadis, le Diable mécontent de ce que tous les Bretons mouraient en état de grâce et s'en allaient droit au ciel, se présenta à la porte du Paradis pour se plaindre à Dieu. Celui-ci lui accorda les âmes de tous ceux qui mourraient quand la lande ne serait pas en fleur. Le Diable descendit sur terre en se frottant les mains de contentement : on était en novembre et il pensait que l'ajonc cesserait de fleurir. Mais les mois se passèrent et la lande était toujours couverte de fleurs d'or. Alors il planta des vignes autour de la Bretagne, et comme il les soignait lui-même, la chaleur de son corps fit merveilleusement mûrir le raisin ; la récolte fut si abondante que, pour l'écouler, il fut obligé d'ouvrir des cabarets ; il en installa même sur le chemin du Paradis. Les Bretons qui continuaient à y aller, car la lande était toute l'année en fleurs, s'arrêtaient pour boire un coup, et le Diable les happait au seuil de la porte, car ils en sortaient saouls perdus, et les menait en enfer2. Dans la Vienne ce privilège a été accordé par Jésus à cet arbuste parce qu'il se cacha derrière lui quand il fuyait ses persécuteurs 3.

Les arbres participent, comme les animaux et les êtres fantastiques, aux merveilles de la nuit de Noël. On dit en Haute-Bretagne qu'il y a alors dans chaque buisson de coudrier une branche qui se tranforme en rameau d'or. Pour la cueillir, il faut la couper, entre le premier et le dernier son de minuit ; mais celui qui n'y réussit pas disparaît à tout jamais; cette baguette égale en pouvoir celle des plus grandes fées. Pendant cette même nuit, saint Joseph et la Vierge sont, avec l'enfant Jésus, partout où il y a des coudriers, et ils prient pour les âmes du Purgatoire, dont un grand nombre obtiennent alors leur délivrance 4. Suivant une croyance qui semble surtout répandue dans l'est de la France, on peut être témoin à cette époque de floraisons miraculeuses : dans les Vosges on était certain, en rentrant après la messe de minuit, de trouver fleurie la branche de cerisier qu'on avait mise, avant d'y aller, dans un vase rempli d'eau. En Franche-Comté, la jeune fille qui cueille, le jour Sainte Catherine, trois branches de trois arbres quelconques et les place dans une bouteille d'eau à Noël, les voit fleuries en revenant de la messe de minuit. D'après les paysans des Hautes-Vosges, des Ardennes et du Hainaut, si entre onze heures

i: B. Souche. Proverbes, etc., p. 26; E. Rolland. Flore pop., t IV, p. «J ;££ prV.undictonde lllle-ct-Vil'aine l o£ ne peut trouver t .ne ^.u»« "««^Jf t WTsJ la Saint-Jean, mais il fleurit le reste de 1 année (E. Rolland F/oM>po/>.,t.lV,p.8V

2 H. Le Carguet, in Hev. des Trad. pop., t. XVII, p. 317-318.

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