‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 351 sur 491 · PRÉSERVATIFS ET TALISMANS · texte numérisé non relu

PRÉSERVATIFS ET TALISMANS

préservent du tonnerre ; en Bourgogne on brûle, quand il gronde, des roses bénies à la Fête-Dieu; en Lorraine, les feuilles de noyer, cueillies avant le lever du soleil le jour Saint-Jean, en garantissent celui qui les porte ou l'habitation où on les conserve. Les paysans de la partie centrale des Côles-du-Nord croient que s'ils ont sur leur chapeau une branche de laurier bénit, ils peuvent se promener sous l'orage en toute sécurité. Dans le Vivarais, le laurier brûlé constitue un préservatif, pour la maison '. Dans un village des Deux-Sèvres, lorsque les rondes de la Saint-Jean sont finies, l'assemblée tout entière se met à genoux autour du bûcher et fait griller sur la cendre chaude une branche portant deux ou trois fruits; elle est conservée à côté des rameaux noyer de buis bénit et serve à asperger d'eau bénite les champs menacés d'orage. A Marseille celui qui a sur soi une noix ou une amande à trois coins est à l'abri de la foudre 2. Aux environs de Pontivy, le boucher place dans le charnier une branche d'aubépine et un clou pour empêcher la viande de se gâter pendant l'orage ; à Lorient un rameau suffit pour préserver le lait et la viande de la corruption 3.

Les arbres qui attirent le feu du ciel sont rares, et l'un des seuls exemples relevés jusqu'ici est destiné à empêcher les enfants de déchirer leurs vêtements : en llle-et- Vilaine les mères leur disent que s'ils touchent aux fleurs de l'églantier la foudre tombera sur eux. On prétend dans le Doubs quelle frappe volontiers le poirier sauvage*.

Les branches de plusieurs arbres, parfois leur fruit, constituent pour les gens, les maisons ou leur voisinage, une protection efficace. En Vendée et en Anjou, un bâton de néflier met les sorciers en fuite, une branche au plafond des étables préserve le bétail des enchantements, et en Basse-Bretagne on en déposait parfois dans le berceau des enfants; àGuernesey porter une branche de mèlier sauvage donne de la chance à la mer et à la pêche. En Haute-Bretagne celui qui veut être fort, doit avoir sur lui une feuille ou une branchette de chêne4. A Guernesey pour se garantir de lasorcellerie, on allait autrefois à la nuit couper de petits morceaux d'une vieille épine que l'on portait sur soi ; ce talisman devait être pris sur une branche d'où sortaient

I trois éperons ; une ronce sacrée, appelée pied de chat, prise en cein-

1. X. de la Perraudière. Traditions locales, p. 3 ; E. Rolland. Flore pop. t. Y, p. 250 ; Richard. Trad. de Lorraine, p. 236 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges, p. 188; Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 361 ; H. Yaschalde. Sup. du Vivarais, p. 11.

2. Léo Desaivre. Le Noyer, p. 5; Régis de la Colorobière. Les cris de Marseille. p. 270.

3. François Marquer, in Rev, des Trad. pop. t. VII, p. 17S ; E. Rolland. Flore pop. t. V. p. 161.

i. E. Rolland, t. V. p. 243.

5. E. Rolland. Flore pop. t, V, p. 141 \ Victor Hugo. Les Travailleurs de la Mer, 1. 1, c. 7; Lucie de V. -II. in liev. des Trad. pop., t. XX, p. 160; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 414,424.

En Savoie, le sapin arrête les effets du mauvais œil, détourne les sorts el empêche la chute de la foudre. Pour cela il faut un sapin dont le bourgeon terminal ait été atrophié, ainsi qu'un des six bourgeons du verlicelle supérieur ; les cinq bourgeons restants doivent avoir fourni cinq branches croissant verticalement et d'une manière plus ou moins parallèle, comme les doigts de la main. On coupe celle extrémité, on l'écorce et on taille ses branches à différentes hauteurs, pour lui donner l'aspect d'une main ouverte ; elle est alors placée, les extrémités en haut, au dessus de la porte, sur le toit des chalets ou des cabanes des bergers, des charbonniers et des bûcherons Mais jamais il n'y a de croix Hxée sur la porte, ces deux emblèmes ne peuvent se trouver ensemble1. La puissance du talisman est souvent en relation avec la Saint-Jean : Le matin de cette fête les jeunes filles du Roussillon placent en croixaux portes et auxfenêlresde leurmaison, pour eu interdire l'entrée aux mauvaises fées, des bouquets cueillis la veille dans la campagne. Cette coutume a une origine légendaire: une jeune fille éprise d'un beau montagnard qu'elle devait épouser, mit sur sa porte, sans y penser, deux bouquets de thym et de romarin formant une croix. Lorsque son fiancé vint, il n'osa entrer en prétextant que le bouquet avait la forme d'un aspic : « Ce n'est pas un aspic, répondit la belle, mais une croix ; les mauvaises personnes ont seules peur de la croix ». — « Hé bien ! je vais te l'avouer, je suis le démon qui venait chercher ton âme, et qui serait arrivé à ses fins sans ce maudit bouquet2 ». En Poitou, celui qui avant le soleil levé, avait collé à sa porte une croix de feuilles de noyer n'avait à craindre ni maladies ni peines jusqu'à la Saint-Jean prochaine, r^si elle y était encore à la nuit tombante; dans la même région, ainsi qu'en Saintonge, en Auvergne et en Languedoc, un petit rameau de noyer, cueilli et placé aussi avant le jour à loules les portes et fenêtres des habitations et des étables porte bonheur à la maison, fait prospérer le bétail, ou préserve les moutons de la folie. Dans le Puy-de-Dôme, le rameau doit avoir été cueilli sur un arbre qui n'a pas encore donné de fruit. Le passage à tra vers le feu sacré confère une vertu particulièreaux fragments d'arbres: en Poitou, pendant qu'il brûle, chacun agite au milieu de la flamme le bouquet de bouillon blanc et de feuilles de noyer ou la branche de chêne enguirlandée d'herbes de Saint-Jean, qui accroché le lendemain à la porte de l'étable en écartera la maladie. Dans différents lieux, on en frotte même les bestiaux ; en Lauraguais on suspend dans l'étable une branche de noyer que l'on a fait passer dans le feu traditionnel 3.

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