PRÉSAGES ET CONSULTATIONS 39ÎJ
On a pendant longtemps considéré la présence d'insectes dans les « pommes de chêne », comme l'annonce d'événements fâcheux. Voici comment on l'interprétait au XVIe siècle : Les noix: de galles donnent présage de trois choses : si vous ouvrez celles qui sont entières, vous y trouverez une petite mouche ou une petite araignée ou un petit ver : si la petite mouche s'envole, elle présage guerre future ; si le petit ver se traîne, c'est signe de cherté d'année ; si la petite araignée court ça et là, elle prognostique infinies maladies pestilentes. Cette superstition était naguère encore courante chez les paysans lorrains '.
Les femmes tirent de la rencontre accidentelle de fragments d'arbres et surtout d'arbustes, des pronostics en relation avec les choses du cœur. Dans l'Allier, la ronce qui s'accroche à la robe d'une jeune fille est appelée un amoureux : celle qui s'attache à la jupe d'une personne plus âgée, un veuf; en Wallonie celle qui l'entraîne pendant quelques instants sans s'en apercevoir, se mariera prochainement, ou tout au moins dans l'année, comme dans le Finistère ; en Haute-Bretagne, un veuf pense à elle : en Wallonie, dans les Vosges, elle épousera un veuf ; dans le Cher elle a encore sept ans avant d'avoir un époux ; en Hainaut elle sera délaissée par son amoureux ; dans l'Aude, elle ne se mariera pas dans l'année, ou bien elle épousera un veuf et sera veuve trois fois2.
Dans le pays de Liège, la jeune fille qui trouve de la bruyère blanche sera heureuse en ménage. A Marseille, une fleur de lilas ayant cinq découpures au lieu de quatre est un très bon signe3.
Les arbres, leurs fruits ou leurs feuilles servent à un grand nombre de consultations. Dans la Gironde, pour savoir à quelle époque on se mariera, il faut cueillir, pendant le mois d'avril, et dans un cimetière, une boule de cyprès verte, et la placer dans sa poche. Dès qu'elle s'ouvrira, on peut être certain que le mariage ne tardera guère». Les interrogations que l'on adresse, en les touchant ou en les détachant, aux feuilles ou aux fleurs des arbres, sont fort rares. En Haute-Bretagne on dit en touchant successivement chacun des piquants de la feuille de houx : « Fille, femme, veuve, religieuse » ou « Fils, homme, veuf, religieux ». La réponse est donnée par le dernier piquant. Dans la Gironde, on effeuille une feuille d'acacia en disant : « File m'aime, — Un
1. La Maison rustique, 1597, I. VII, ch. 18; La Pronostication des anciens laboureurs parle de cette mêmej consultatiou| qui se faisait après la saint-Martin. Anciennes poésies françaises, t. Il, p. 97 ; Richard. Trad. de Lorraine, p. 248.
2. K. Rollaud. Flore pop., t. V, p. 186: 0. Colson, in Wùlltinia, t. III. pi 04; Paul Sébillot. Trad., t. 11, p. 323 ; Richard. Trad. de Lorraine, p. 180; E. Rolland, 1. c. ; A. Ilarou. Le F.-L. de Godarville, p. 80; E. Rolland, 1. c.
3. E. Brixhe, in Wallonia, t. IV, p. 29; Régis de la Colombière. Les Cris de Marseille, p 274.