FRUITS RITUELS
Dans le Maine, quand on surprend un garçon et une fille en conversation intime, on abore un drapeau au faite de l'arbre le plus voisin. Personne n'oserait l'enlever avant que la pluie et le vent ne s'en chargent1.
On peut encore constater à la campagne, principalement sur le tronc des arbres lisses, le gracieux usage ainsi décrit par un poète du XVIe siècle :
Dessus l'écorce des fouteaux Des fresues et des chesnoteaux Qui sont en tous ces doux bocages, On voit Philanon et Philis Liés d'un neud. Toy qui les lis Bénis leur amoureux courage 2.
Dans la Cornouaille et aux environs de Brest, les amoureux découpent des lettres sur un papier dont ils entourent une pomme en adjurant le soleil d'écrire sur le fruit le nom porté sur l'enveloppe3.
Certains fruits figurent parmi les mets servis à des époques fixes de l'année, qui d'ordinaire sont en relation avec le culte des morts : Dans l'Albret, il faut manger des marrons grillés le soir de la Toussaint ; à Marseille où existe le même usage, on dit que l'on doit en mettre quelques-uns sous son oreiller pour empêcher les revenants de venir la nuit vous tirer les pieds ; aux environs de Carcassonne on plaçait dans le même but sous l'édredon des châtaignes bouillies. Dans la Gironde certaines gens mettent des marrons grillés au lieu de pain sur la table à laquelle les morts sont censés venir s'asseoir. Dans la Vienne on se rassemble, le jour de la Toussaint, dans les lieux plantés de châtaigniers, et on y fait cuire des châtaignes. En Armagnac et dans les Landes, si on en rôtissait avant cette fête, le blé que l'on sème en ce moment serait exposé au charbon ; en Béarn, le même accident arrive si l'on en a mangé avant la Noël 4.
Plusieurs essences sont en rapport avec les funérailles : Au Port- Blanc, dans la partie bretonnante des Côtes-du-Nord, on épingle des branchettes de gui et de laurier aux draps de la chapelle mortuaire. Dans le Var, le linceul blanc d'une jeune fille était parsemé de feuilles de lierre. En Vendée, on jette toujours en sautoir, à chaque extrémité du cercueil, une corde dont chaque bout retient un petit