Guillaume Bouchet. Les Serées, p
4. J.-B. Thiers. Traité des superstit., t. I, p. 383; à la même époque on y faisait aussi passer un fébricitant (p. 387).
le fend dans toute sa longueur sans l'arracher, ni pousser la fente jusqu'aux racines, puis, écartant les deux parties, on fait passer entre elles à trois ou sept reprises différentes, le petit hernieux ; les deux portions de la tige sont ensuite rapprochées très exactement, et maintenues en contact à l'aide d'un lien très fortement serré ; si elles se recollent bien, et que l'année d'après l'arbre ait repris la solidité de sa tige, l'enfant est guéri ; si au contraire, la fente ne s'est pas soudée, on peut prédire qu'il restera hernieux toute sa vie1. On voyait autrefois dans les landes entre Dingé et Lanrigan (Ille-et-Vilaine), trois chênes placés en triangle assez près les uns des autres ; pour guérir de la fièvre, il suffisait de passer entre ces arbres ; l'opération était assez difficile, si le patient était un peu gros, et il fallait que des personnes charitables se missent à le tirer fortement2. Je n'ai pas retrouvé dans la tradition contemporaine en France l'usage de passer les troupeaux par le creux d'un arbre, contre lequel saint Eloi s'élevait au VIIe siècle 3; mais il est vraisemblable qu'il n'est pas disparu.
Dans un bois de l'Ain on voyait vers 1840, deux chênes qui avaient été plantés à 60 centimètres l'un de l'autre, puis, on les avait rapprochés à deux mètres du sol, fait une longue entaille dansl'écorce, lié et cimenté les deux tiges sur une longueur d'un mètre, laissant les deux têtes en liberté ; des visiteurs tournaient autour, passaient et repassaient sous la voûte formée par les deux tiges, comme en faisait foi l'usure de l'écorce à l'intérieur. En Périgord, pour se guérir des furoncles, il faut passer neuf fois sous une tige de ronce que le hasard aura plantée par les deux bouts ; à Guernesey, cette opération devait être faite neuf matins de suite et à jeun \
L'espèce de procession circulaire autour de l'objet réputé puissant, fréquente auprès des mégalithes ou des gros blocs naturels, est moins souvent en relation avec les arbres : En Basse-Bretagne, celui qui conjure le panaris, après avoir adressé au mal une formulette menaçante, fait faire trois fois au patient le tour d'un buisson d'épines, et il intime aussi par trois fois au panaris l'ordre de s'arrêter en ce lieu. Ceux qui viennent, parfois de loin, au taillis du Buisson Saint-Sauveur (Seine-Inférieure) pour les chevaux malades, les font tourner trois fois autour du buisson, mais en sens inverse du soleil. Dans le département de Seine-et-Oise, on portait il y a une trentaine d'années l'enfant atteint de hernie sous un chêne, et des femmes qui vivaient sans doute
1. A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 150; Bull, de la Soc. d'Anthropologie, 1890, p. 896.
2. Paul Sébillot. Légendes locales de la Haute-Bretagne, t. I, p. 126. ■i. P.-L. Jacob. Curiosités de l'histoire des Mœurs, p. 13.
4. Aimé Vingtrinier, in Bévue du siècle, février 1900; W. Taillefer. Antiquités de Vésoné, t. 1, p. 242; Edgar Mac Gulloch. Guernsey Folk-Lore, p. 434.