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CHAPITRE PREMIER

§ l. ORIGINES ET LÉGENDES

La légende de création dualiste qni, en Bretagne, pins rarement dans les autres pays de France, s'applique an* divm s parUcuS dn monde phys.que, s'attache anssi à l'origine des mamm le

ar le'rthl TS S°al, \répUqUe ridiCU'e' ,ilide ou «»«-■«• fÏÏte pa le D.able à 1 œuvre de D.eu. C'est ainsi qu'en Auvergne comme en

Bretagne le s.nge est une imitation maladroite de l'homme, et dans 1°

Puy-de-Dôme c esl la taupe. En Bretagne cetle concurrence s'établit

a propos de la création des mammifères. Lorsque le Tout-Puissant eut

a, le mouton le Diable lit le loup ; Dieu ayant fait le chien, 1 Diab

ht le renard Ille-e -Vilaine) ou le loup (pays de Tréguien. Q and Dieu

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Jll^T"" * ^'T PréSen'e Une ""«epSon assez voisine, avec ^différence que le rôle de Dieu est rempli par Adam et celui du Diable par Eve, et que la scène a lieu après la sortie de l'Eden.

Cotne Diex ot de paradis Et Adam et Evain fors mis...

Pitié l'en prist, si Ior dona Une verge, si lor mostra Quand ii de riens mestier auroient, De celé verge en mer feroient.

Adams tint la verge en sa main, En mer feri devant Evain :

Sitost con en la mer feri, Une brebiz fors en issi...

Ce dist Adam, dame, prenez Ceste brebiz, si la gardez :

Tant vos donra let et fromage Assez i auront conpenage.

Eve en son cuer se porpensoit Que s'ele une encor en avoit

Plus bêle estroit la conpaignie.

Elle a la verge tost saisie,

En la mer fiert moult roidement :

Un Leus en saut, la brebiz prent,

Grant aléure et granz galos

S'en va li Leus corant as bos.

Qant Eve vit qu'ele a perdue

Sa brebiz, s'ele n'a aiue,

Brait et crie forment, ha ! ha !

Adam la verge reprise a,

En la mer fiert par maltalenl,

Un chien en saut hastivement.

Qant vit le Leu, si laisse corre

Por la brebiz qu'il vost rescorre.

Toutes les foiz q'Adens feri

En la mer, que beste en issi,

Celé beste si retenoient

Quele que iert si l'aprivoisoient,

Celés que Eve en fist issir

Ne pot-il onques retenir :

Sitost con de la mer issoient

Apres le leu au bois alloient.

Les Adam bien aprivoisoient

Les Evain assauvagissoient \ ,

Un savant qui a étudié tout spécialement le Roman de Renart, dont il a douné une bonne édition critique, disait à propos de ce passage : on peut bien admettre que cette théorie de la création des animaux est tirée de la tradition populaire, qui n'est pas très respectueuse envers les femmes2. Quelques parallèles de cet épisode, recueillis de nos jours, viennent à l'appui de son hypothèse : dans un conte provençal, littéraire de forme, mais dont le fond semble traditionnel, le bon Dieu donne à Adam une verge d'osier, en lui disant que toutes les fois qu'il en frappera, dans une bonne intention, quelqu'un ou quelque chose, il en verra sortir un objet agréable ou utile ; mais il interdit à Eve de s'en servir. Celle-ci ayant voulu à toute force la prendre, Adam lui en cingle les épaules, et aussitôt se présente une belle brebis. Adam cache la baguette, mais sa femme parvient à la découvrir, frappe le sol, et il en sort un loup énorme, qui court après la brebis. Eve, épouvantée, crie au secours ; Adam prend la baguette, et dès qu'il la laisse tomber sur les épaules de sa femme, un gros chien s'élance, et tire la brebis des griffes du loup3. Lors d'un de ses voyages en Bretagne le bon Dieu,

1. Le Roman de Renart, éd. Martin, t. II, p. 336-337, v. 21 et suiv., branche XXIV.

2. Martin. Observations sur le Roman de Renart. Strasbourg et Paris, 1887, p. 96.

3. Roumaniile. Li conte prouvençau, p. 1.-6. M. Frédéric Mistral', auquel j'avais demandé s'il connaissait dans les écrits provençaux du moyen âge oj dans la tradition contemporaine quelque parallèle de ce récit m'a répondu : Je ne sais pas où Koumanille a pris l'idée de son charmant conte, mais je ne l'ai jamais entendu dans le milieu populaire qui m'environne (lettre du 21 avril 1905) ; d'après M. Louis Lambert, l'auteur des Contes du Languedoc, ce conte; est emprunté à la tradition populaire, sans qu'il puisse dire à quelle source Roumaniile a puiâé (lettre du 5 mai 1905).

CHÉATION DUALISTE •"»

pour remercier une vieille compatissante, lui emprunte son bâton, et quand il en a frappé la pierre du foyer, il en sort une vache. Après son départ, la femme, devenue ambitieuse, veut avoir une seconde vache, et elle imite le bon Dieu ; mais aussitôt un loup apparaît et étrangle la vache • .

Deux récits d'Auvergne parlent des efforts du diable pour rivaliser avec l'œuvre divine ; comme toujours ils n'aboutissent qu'à une sorte de caricature. Après avoir créé l'homme, Dieu fut si content qu'il se tourna vers le Diable, et lui dit : « Fais-en autant ! » Le diable se mit à la besogne et travailla longtemps ; mais il ne réussit qu'à faire une taupe et à lui donner des pattes qui ressemblent à de petites mains. Lorsque Dieu eut tiré Adam du limon de la terre, le diable voulut l'imiter ; il prit aussi de l'argile, et, ayant modelé une forme humaine, il souffla dessus pour l'animer ; mais quand il lui eut communiqué la vie, on s'aperçut qu'au lieu d'un homme, il n'avait fait qu'un singe2.

L'origine de ce quadrumane est rapportée d'une façon toute différente dans un conte wallon, et elle se rattache au vieux thème du rajeunissement par des procédés violents: un maréchal ayant vu le bon Dieu placer un vieillard sur l'enclume et en trois coups de marteau le transformer en un homme plein de jeunesse, veut rajeunir sa mère par le même moyen ; mais il n'arrive qu'à produire une bouillie informe. Il court après le bon Dieu, qui revient et déclare qu'il ne peut faire un être humain avec ce tas de chairs sanglantes. Il essaie cependant, et quand il Ta frappé avec le marteau, il en sort un singe, qui se met aussitôt à faire des grimaces 3.

D'autres légendes racontent que le plus redoutable des carnassiers est aussi postérieur à la création générale. D'après un récit du Morbihan, Dieu voyant que les bergers ne gardaient plus leursmoutons et les laissaient dévorer le blé, frappa du pied sur une motte de terre et en fit sortir un loup. Dans l'Yonne, c'est Jésus qui l'a créé pour défendre les choux du jardin de sa mère contre les chèvres qui venaient les brouter*.

Quelques animaux doivent leur origine à des métamorphoses, et ils ont pour ancêtre un homme qui, ayant commis un acte coupable, a été condamné à perdre sa forme primitive pour en prendre une inférieure en beauté ou en force; leur corps conserve quelque particularité qui rappelle leur ancien état, et qui a vraisemblablement contribué à l'éclosion des légendes explicatives. Plusieurs de celles que l'on raconte

1. F. -M. Luzel. Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne, t. 1, p. 4-5.

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