‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 5 sur 491 · Aug. Gittée et Jules Leiuoine. Contes wallons', p · texte numérisé non relu

Aug. Gittée et Jules Leiuoine. Contes wallons', p

4. Lucie Guillaume, in Hev. des Trad. pop., t. XVII, p. 56 ; C. Moiset. Usages de V Yonne, p. 126.

b EES MAMMIFERES SAUVAI. ES

dans les pays où les ours existent encore ou se sont montrés autrefois, ont sans doute été inspirées par la faculté qu'ils possèdent de se tenir debout, et c'est d'ordinaire la grossièreté d'un homme qui motive sa punition. On sait que dans le langage populaire, ours est parfois synonyme de personnage bourru et mal appris. La plus ancienne version française a été recueillie en Lorraine vers la fin du XVIIIe siècle : au temps où Dieu vivait sur la terre, un rustre caché dans un bois voulut lui faire peur et cria brusquement : « Oche ! » Dieu lui dit : « Tu seras comme tu l'as dit, un ours » (oche en patois) et c'est comme cela que les ours sont venus au monde. Un récit des Pyrénées rapporte que, lorsque Dieu passait, un homme se mil à grogner, et que Dieu le changea en ours, pour qu'il grogne à son aise1. On raconte en Réarn que Jésus-Christ rencontra un jour un paysan caché derrière une barrière : « Qui est là V demanda-t-il. — Un ours, répliqua l'autre par manière de plaisanterie. — C'est bien, répondit Jésus ; tu as dit : Ours, ours tu seras2. » Un forgeron, fier de son art, frappa sur son enclume en présence de Notre-Seigneur, un fer rouge, dont il fit voler les éclats jusqu'à lui. Dieu lui dit : « Ours tu veux être, ours tu seras, et à tout arbre tu grimperas, hormis au hêtre. » A quoi l'insolent répliqua : « Eh bienl je le déracinerai ! » Une tradition basque parle d'une sorte de métempsycose : pour punir un chasseur présomptueux, Dieu permit qu'il fut tué par un ours ; aussitôt lame de l'ours passa dans celle du chasseur, et réciproquement 3.

La forme quasi-humaine des pattes de la taupe et de la chauve-souris a suggéré des légendes qui les représentent aussi comme des personnages ayant éprouvé une métamorphose. On dit en Forez que Dieu, pour punir les fées qui s'étaient révoltées contre lui, les changea en darbons ou taupes, et les condamna à ne jamais voir le jour. C'est pour cela que les pattes de la taupe ressemblent à de petites mains 4 ; en Anjou ce sont les curés qui, jaloux de la puissance des fées, leur oui fait subir cette transformation ;' ; dans les Vosges, les bonnes dames ont disparu depuis que les prêtres récitent l'Evangile selon saint Jean ; elles demandèrent alors à être changées en taupes, et aujourd'hui on croit que les ravages commis par elles dans les potagers sont l'œuvre d'anciennes fées0. Celles qui habitaient le Puy de Préchonnet

1. E. Rolland. Faune populaire, t. I, p. 42, d'à. Oberlin. Patois du Ban de la Hoche (1775), p. 240 ; et d'après E. Cordier. Bull, de la Société Hamond, 1867, p. 133.

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