COUTUMES ET DANSES
Des actes accomplis en dehors des champs influent sur la bonne venue des plantes. En Limousin, le blé poussera mieux si, le soir du Carnaval, on répand sur le fumier une cuillerée de bouillon gras; une branche de frêne qu'on y place à la Saint-Jean sera plus efficace que tous les engrais. En Poitou il est bon de faire des crêpes le jour de Fan pour que le blé réussisse, et à la fin des semailles, pour avoir beaucoup de grain : il faut en tourner encore quand on sème les fèves pour qu'elles soient belles ; dans la Charente les crêpes du jour de la Purification étaient destinées à empêcher la carie du blé ; en Beauce celles mangées à la Saint-Antoine procurent beaucoup d'avoine. En Franche-Comlé, on croit obtenir une abondante récolte de tous les biens de la terre en faisant cuire ensemble, le jour de Noël, des graines de toutes sortes '.
Quelques observances, qui sont peut-être des vestiges d'un ancien culte, influent sur l'abondance ou la qualité de la récolte. Au moyen âge les paysans, principalement en Picardie, avaient coutume de se saluer en disant: Au Guy l'an neuf! ce à quoi l'on répondait : Plantez, plantez ! pour se souhaiter une bonne année2. Le jour des Rois et dans certaines localités, celui de Noël, les enfants des montagnes du Jura font brûler sur un point élevé de petits fagots de bois ou même de paille, qu'ils appellent failles ; pendant qu'ils flambent, c'est à qui criera le plus fort : « Failles, failles en lai que la dzarba fega lou quin : • c'est-à-dire que chaque gerbe de blé fasse le quart de la mesure. Si, par éLourderie, l'un des gamins se trompait dans l'expression de son souhait, la récolte ne réussirait pas. L'usage de danser, qui est plus répandu, est surtout destiné à assurer la bonne venue du chanvre et du lin : dans quelques localités des Ardennes, les femmes font des rondes le premier dimanche de Carême autour d'un grand feu allumé sur la place publique, dans l'espoir de recueillir du grand chanvre ; dans les villages vosgiens du sud il faut danser sur les toits le jour des Rois ; en Franche-Comté, on danse aussi le mardi gras, mais sur la route, et en Poitou près de la dorne du four, à la fois pour la prospérité du chanvre et pour celle des navets; en Wallonie, le lin réussira si les femmes dansent au soleil le jour de la Chandeleur : au dire des gens de Dammarlin il est indispensable, pour que le chanvre soit haut, qu'elles se saoulent le soir des Brandons2. Tous les ans, le
1. M. M. Gorse. Au bas pays de Limosin, p. 195, 242: Léo Desaivre. Croyances. p. 17-18; A. de Nore. Continues, p. 158; F. Chapiseau. Le /•'.-/.. de la heauce. t. I, p. 286: Ch. Beauquier. Les Mois en Franche- Comté, p