A. Harou. Le F.-L. de Godarville, p
VERTUS PRÉSERVATHICFS 47M
garantit les maisons de la foudre ; en Haute-Bretagne on voyait autrefois près de la Vierge ou du Crucifix un goémon en forme d'arbuste devant lequel on s'agenouillait quand il tonnait, en récitant la formulette de sainte Barbe '.
Au XVIe siècle, peut-être à cause de son nom, le serpentaire passait pour préserver des reptiles, et Ton disait que les serpenta fuyaient ceux qui portaient cette herbe2.
Plusieurs plantes sont efficaces contre les insecte- nuisibles ou désagréables : Dans les Vosges, la cendre d'un pied de fougère cueilli le matin de la Saint Âbdon (30 juillet), répandue sur le plancher de la maison, en chasse les puces ; en Poitou, ce sont les feuilles de menthe mises dans le lit. Dans le même pays pour expulser les charançons d'un grenier, il faut y mettre une poignée de chebe verte. En Lorraine la fleur de la colchique d'automne, qui y est connue sous le nom de veilleuse, est écrasée sur la tète des enfants qui ont beaucoup de cheveux, parce que l'on prétend qu'elle détruit la vermine que le peigne ne saurait atteindre s.
Quelques herbes sont assez puissantes pour briser les objets les plus durs : à Menton, l'euphorbe mis sous une marmite en fait tomber le fond. Le persil, suivant une croyance très répandue, casse le verre avec lequel il est mis en contact : en Poitou il suffit qu'une femme en ait touché un brin pour que ce pouvoir lui soit transmis \
Les paysans et aussi les habitants des villes découvrent dans des fragments d'animaux des figures assez variées qui se rattachent assez souvent à des idées chrétiennes. En ce qui concerne les plantes, cette conception semble assez rare ; à l'empreinte merveilleuse des haricots du Saint-Sacrement (cf. III, p. 447) on peut ajouter le grain de blé sur lequel, dit-on en Haute-Bretagne, on voit la figure de Jésus-Christ. Un auteur du XVIe siècle rapporte ainsi une croyance qui n'a pas eie relevée de nos jours: Si tu pelés une febve encore verte, tu verras qu'elle aura la figure toute semblable aux genitoires de l'homme. Cent ans plus tard un médecin, qui lui attribuait des vertus aphrodisiaques, disait la même chose, et ajoutait qu'elle ressemblait aux parties génitales de la femme 5.
1. Paul Sébillot. Le Folk-Lore des pêcheurs, p. 71-12. Les femmes récitaient aussi devant des prières pour les marins noyés.
2. Olivier de Serres. Théâtre d'agriculture. Paris, 1600, lieu VI. --h. LS.
3. L.-F Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges, p. 199; Léo Desaivre. Croyances, p. 13; B. Souche. Croyances, p. 28; Reuc Basset, iu Her. des Trad., t. XVII, p. 424.
4. J.-B. Andrews, in lier, des Trad. pop., t. IX. p. 335 : F. Pluquet. Coules de Bayeux, p. 43; Richard. Trait., d>- Lorraine, p. 242: Paul Sébillot. Traditions, t. II, p. 341 ; B. Souche. Proverbes, p. 25.
5. Paul Sébillot. Trad., t. II. p. 329 ; G. Bouchet. Serées, IV, p. 110 ; Du Pour de la Crespelière. Commentaire en vers sur l'Ecole de Salerne. 1681, p. 302.
A peu pris dans toute la France, on raconte aux enfants qu'on lésa trouvés sous un chou, et quelquefois les parents, en leur parlant d'une époque antérieure à leur naissance, ajoutenl que criait du temps oïi ils étajenl encore dans les choux. Au XVIIIe siècle, on disait d'un nomme dont la naissance était inconnue, qu'il avait été trouvé sous un chou, et un poëfe du W siècle parle d'un personnage qui se targue de sa naissance :
Combien qu'il soit sailly d'un trou.. Voire, ou de la ligne d'uu chou Enfant à quelque jardinier.
Vous diriez que ce petit homme ait esté trouvé sous une feuille de chou comme Poussot, lit-on dans un ouvrage satirique de 161)1'. A Slavelot dans le pays wallon, les enfants se trouvent sous les choux du cure. On dil quelquefois que ce sont les garçons que l'on cueille sous les choux, tandis que les tilles se ramassent sous les rosiers '2. Un grand nombre d'enseignes de sages-femmes, même à Paris, représentent une dame recueillant un enfant au milieu des choux.