‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 43 sur 491 · TALISMANS TIRÉS DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

TALISMANS TIRÉS DES ANIMAUX

cœur, la langue et les yeux d'une belette perdent aussitôt la voix et l'odorat ; en Hainaut les voleurs font taire les chiens de garde en leur donnant du foie de loup1. Au XVIe siècle le médecin Mizault relevait l'emploi amulétique de la corne de cerf: la femme en faisait porter sur soi à son mari afin qu'il fût toujours en bonne intelligence ; en Franche-Comté, beaucoup de personnes, les femmes surtout, gardent précieusement ces cornes, qui ont la propriété d'éloigner la foudre ; aux environs de Montauban, on en déposait des fragments dans les étables pour préserver les bêtes à laine de la clavelée ; au XVIe siècle on en ornait les bœufs et les chevaux afin qu'ils ne fussent jamais malades. En Sologne vers 1840 des gens se mettaient au cou, pour être à l'abri des convulsions, un pied d'élan ; dans le pays de Limoges, une patte de loup suspendue au-dessus de la porte de la bergerie lui assurait la chance 2.

La dent du loup passait pour avoir plusieurs vertus : au XVIIe siècle, on attachait l'une de ses grandes au cou du cheval pour le rendre infatigable à la course. On croyait aussi se préserver de la peur en portant sur soi une dent de loup ou l'œil droit desséché de cet animal. Au XVe siècle, on attribuait à la queue du renard une influence

prophylactique :

...Que lui fault-il?

Certes la queue d'un goupil

Afin que dedans son corps n'entre

Chose qui mal lui face au ventre.

Autrefois des gens croyaient qu'ils auraient des richesse en abondance, si après avoir coupé la tête à une chauve-souris avec une pièce d'argent, ils la mettaient dans un trou bien bouché, et, l'en retirant au bout de trois mois, lui demandaient ce qu'ils voulaient 3.

Parmi les divers objets qu'une vieille sorcière destine à donner remède aux amoureux ou à faire aimer figurent un os de cœur de cerf, une épine de hérisson, et des yeux de louve4.

Plusieurs talismans sont composés de fragments de petits mammifères, parmi lesquels la taupe tient le premier rang. En Haute-Bretagne, pour être heureux au jeu, il faut porter sur soi un os de taupe ; mais elle doit avoir été tuée en amour, et ses os enlevés un à un, sont mis dans un ruisseau qui vient d'une fontaine ; celui seul qui remonte à la

1. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 248; A. Ilarou, in Rev. des Itad. pop., t. XIII, p. 400.

2. J.-B. Thiers. Traité des Sup. t. I, p. 382 ; C. Roussey. Gloss. de (tournois, p. 286 ; abbé C. Daux. Croyances du Montalbanais, p. 8 ; J.-B. Thiers, 1. c. ; Ph. de Buzounière. Les Solotiais, t. 11, p. 26; J.-J. Juge. Changements dans les mœurs des habitants de Limoges, p. 133.

3. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 383; Eustache Deschamps. Œuvres, t. IX, p. 119 : Le Miroir de Mariage; J.-B. Thiers, t. I, p. 270.

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