‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 44 sur 491 · Nicolas de Troyes. Le Grand Parangon, p · texte numérisé non relu

Nicolas de Troyes. Le Grand Parangon, p

4fl LES MAMMIFÈRES SAUVAGES

surface possède de la verlu. Dans la Flandre française une patte de taupe porte bonheur à celui qui l'a sur soi ; en Berry un os de taupe, placé sous l'aisselle gauche, préserve des maléfices ; en Lorraine, un sachet renfermant la langue d'une taupe fait revenir la mémoire1.

Suivant une croyance de l'Yonne, un morceau de peau de loutre dans la selle des chevaux les empêche d'avoir les tranchées. La peau du front d'un jeune loup est une amulette très appréciée dans l'Ardenne belge. Au commencement du XVII9 siècle, la peau du loup arrachée à l'endroit du col de manière à former une sorte de manchon était bonne contre les sorciers ; il en était de même de la tête de ce caraassier, et c'est pour cela, dit Le Loyer, que les paysans attachaient autrefois les tètes de loup aux portes de leurs maisons et cabanes 2.

Réduites en poudre, les parties solides de certains animaux possèdent aussi un certain pouvoir. On croit en Lauraguais que celui qui jette de la cendre de chauve-souris brûlée sur une personne la force à l'aimer3. Suivant une superstition très répandue, le foie de loup desséché et mis en poudre, ou fumé dans la pipe d'un sorcier, provoque, s'il est porté au milieu d'une foire, ces paniques terribles appelées foudre, mouches, etc ; dans le Maine c'est aux narines des bestiaux que cette poussière malfaisante est jetée par les sorciers'*.

La graisse et les liquides sont usités dans la magie populaire : En Haute-Bretagne et en Anjou, si on frotte les souliers d'une jeune fille avec de la graisse de blaireau, tous les chiens viennent pisser sur ses pieds5. Parmi les ingrédients qui entrent dans la composition d'un puissant maléfice, figure « de la chauve-souris le sang; » les sorciers du pays de Liège l'employaient naguère encore ; et au XVIe siècle il servait à écrire des recettes magiques sur du parchemin 6.

On a cru longtemps qu'en chevauchant un ours on était préservé de la peur, et les poètes du XVIIe siècle font d'assez fréquentes allusions à cette immunité qui était passée en proverbe :

Il dit qu'il a du cœur,

Qu'il a mouté sur l'ours et qu'il n'a plus de peur. Femme ainsi qui rien ne redoute.

A monté dessus l'ouïs sans doute.

1. Paul Sébillot. Trait, t. Il, p. 123 ; A. Desrousseaux. Mœurs de la Flandre franf-ai.se, t. II, p. 290 ; Laisncl de la Salle. Croyances du Centre, t. I, p. 284 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 318.

2. E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 193 ; 0. Colson, in Wallonia, 1905, p. 46 ; Histoire des spectres, 1605,1. VIII. ch. 1.

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