‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 446 sur 491 · ATTOUCHEMENT FT'NESTE A LA SANTÉ · texte numérisé non relu

ATTOUCHEMENT FT'NESTE A LA SANTÉ

quand vous ave/, des engelures aux mains, eu hyver, mettez dessus eu (Hé des fraises mûres écrasées, elles ne reviendront plus L

b attouchement des plantes peu! èlre funeste à la santé: au XVI' siècle le vulgaire croyait que le persil nuisait à lu vue ; dans les Çôtesdu-.\ord, on risque de devenir aveugle si on se frotte les yeux après avoir manié de l'euphorbe. Un médecin du XVIe siècle rapporte ainsi un préjugé qui n'a pas été relevé de nos jours : ou dit aux enfans que la fleur du pavot rouge, qu'on nomme lagagne en Languedoc de ce qu'elle fait venir les yeux rouges et chassieux à qui les regarde fort attentivement s'il ha les yeux tendres et délicats, comme ha un enfant que le manier de la dite Heur fait pisser au lit. Aux environs de Liège les enfants qui portent à leur bouche la renoncule éprouvent le même inconvénient; en Haute Bretagne, où lesprimevèresblanches des champs s'appellent des fièvres, on leur dit qu'elles leur donneraient cette maladie, et que s'ils s'amusent à trop manier les coquelicots ils gagneront le feu sauvage2. En Poitou, on ne touche qu'avec crainte de l'ail sauvage, ou ml a la vrnmnc, et l'on n'ose en manger, de peur de s'empoisonner. On croit dans la Gironde qu'un cèpe qui pousse sur une guenille ou un morceau de cuir, est vénéneux. Dans le Maine, les champignons, presque tous confondus sous le nom générique de pis de chien, sont le venin de la terre, son mauvais sang qui sort en pustules ; aucun paysan ne consentirait à en manger. Le cresson qui croit hors de l'eau passe en Poitou pour être vénéneux ;1. En Ille-et-Yilaine la graine de chanvre mélangée au cidre, dans la Loire-Inférieure la feuille de laitue cuite, endorment profondément '.

Il suffit parfois pour éprouver des malaises ou même gagner des maladies de marcher sur certaines herbes. Au XV° siècle on disait que : Se un homme passe à pieds nuds sur le treffie à quatre fueilles, il ne puet eschapper d'avoir les fièvres blanches, et se c'est une femme, elle sera wiholte (trompée). Dans la Vienne, marcher sur le mouron blanc tait perdre la santé ; en Lasse-Normandie, une herbe que certains croient • ■Ire la belladone est aussi funeste b.

Quelques plantes mangées ou prises en infusion intluent sur les appétits sexuels ou la génération. Même à la campagne le nénufar est

1. Fr. Houspay. iu Rev. des Trad. pop., t. XV. p. 378 ; Abbé Camille Daux. Croyances du Ma ut albanais, p. 7 ; Faut Sébillot. Trad., t. Il, p. 33ti ; Mme Fouquet. §yite du Recueil de remèdes, 1701. t. Il, cité par Rolland. Flore J>qp., t. Y, p. 208.

2. Laurent Joubert. Seconde partie des erreurs, p. 163 ; Paul Sébillot. Trad.. t. Il, p. 335; Laurent Joubert. Erreurs populaires. 157".i. p, 2S8 : K. Holland. Flore pop.. t. 1, p. 48 ; Revue des Trad. pop., t. IV, p. 303 : Paul Sébillot. Trad., t. II. p. 334.

3. B. Soiidié. l'rorerbf.s. elc, p. 25 ; Fr. Daleau . Trad. de. la Utrmide. p. 28 : X. de la Perraudière. Trad. locales, p. 6 ; Souche. Proverbes, p. 25.

4. Paul Sébillot. Trad.. I. Il, p. 332; Irène Paquet, in Rec. des Irad. pop.. t. XVI, p. 25.

5. Les Evangiles des Quenouiltes, II, 15, glose ; E. Rolland. Ffare pop., t. III. p. 43; J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. 11, p. 293.

renommé comme anti-aphrodisiaque ; dans le Centre on dit de quelqu'un qui est très-frpid, qu'il a bu de l'eau de volet, et dans la Côted'Or, quand un jeune homme est ardent auprès des filles, on lui dit: Pour te calmer on va te faire une infusion de nin/iaa. Au XVIe siècle, Le vulgaire croyait qu'en mangeant des aulx on engendrait des enfants mâles '. et en Haute-Bretagne on en donne aux coqs pour les rendre amoureux.

Le nombre des plantes qui entrent dans la composition des « remèdes de lionnes femmes » et de ceux que confectionnent les médicastres champêtres, 1rs devins et les sorciers, est très considérable. Leur liste, avec les préparations du Codex rustique oral, occuperait plus d'un gros volume, bien que l'un ne connaisse vraisemblablement qu'une faible partie de celles qui sont encore en usage. Les gens qui s'en servent ne révèlent pas volontiers le secret de celles qu'ils considèrent comme les plus puissantes ; d'ailleurs l'efficacité de plusieurs semble tenir à leur emploi clandestin Ainsi qu'on le verra, les remèdes empruntés au règne végétal n'opèrent assez souvent que si les rémégeux ou le patient n'ont été vus par personne.

Les botanistes, les médecins et les Iraditionnistes qui se sont occupés de cette question «ml relevé par centaines les plantes qui constituent une sorte de lieu - commun de la pharmacopée populaire ; mais ils parlent beaucoup plus rarement, sans doute parce qu'il est malaisé de les connaître, de celles qui sont rares, dont la récolte ou l'emploi sont l'objet de pratiques secrètes, auxquelles se mêlent un peu de sorcellerie ou des incantations magiques. La plupart de celles de la première catégorie intéressent plus la pbarmacie que le folk-lore : je ne les noterai que lorsqu'elles s'y rattachent par quelque point, lorsque, par exemple, leur vertu tient à ce qu'on peut appeler l'analogisme. c'est-à-dire à l'assimilation, fréquente en matière traditionniste, entre l'aspect de la planle et la maladie à guérir: telles sont lachélidoine, qui en raison de son suc jaune, est employée contre la jaunisse, les petits pois qui sont en relation fréquente avec les verrues, comme certaines racines avec les dents malades ou cariées. Je rapporterai avec plus de détail les observances et les divers actes qui se rattachent plus étroitement à la superstition. Les faits relevés jusqu'ici sont moins nombreux qu'on ne serait tenté de le supposer, sans doute eu raison du mystère qui souvent préside à leur emploi.

La puissance de plusieurs plantes tient à des épisodes légendaires rapportés dans les premières pages de ce chapitre. 11 en est aussi

1. E Rolland. Flore pop., t. I. p. 155; Laurent Joubert. Seconde partie des erreurs, p. 165.

CUEILLETTE DES I1EKBES GUÉRISSANTES i93

qu'on ne peut se procurer qu'à l'aide de procédés quasi-surnaturels : en Basse-Bretagne il faut, pour se débarrasser de la teigne, se procurer une herbe nommée pao-bran, patte de corbeau (Hydrocharis : on l'obtient en descendant au fond d'un puils desséché un corbeau gris. que l'on y relient trois jours prisonnier, en ayant soin, chaque matin, de lui crier avant le lever du soleil, qu'il n'aura sa liberté que lorsqu'il aura indiqué le remède. Vers la fin du troisième jour, l'herbe se trouvera près du puits, et les frères du captif l'y auront apportée pour obtenir sa délivrance ; le malade s'en frottera la tète, tous les malins, à jeun, pendant une semaine entière et se trouvera guéri '.

Les plantes mises dans les matelas sur lesquels couchent les malades exercent, en raison de leur espèce, de l'influence sur eux. Les pécheurs de la Manche disent que celui qui couche sur d^ la flèche (varech) y laisse son mal ou y prend sa mort : en Beauce, on se guérit du rhumatisme en dormant sur un lit de fougère. Dans le pays de Tréguier on met des matelas de flèche dans le lit des petits garçons malades, et des bail i ères d'avoine dans celui des filles. On retrouve en Poitou un parallèle de cette croyance : l'herbe de la Saint- Jean [Ophioglossum vulgare) sert à guérir les plaies ; celle qui est munie d'un épi est pour les hommes, celle qui n'en a pas est pour les femmes î.

Les praticiens campagnards, du moins en Berry, établissent une relation entre les formes de la plante et celle de l'organe affecté. Les rémégeux de ce pays prétendent que les racines de l'herbe à la foreure (sceau de Salomon) représentent toutes les parties du corps humain. Ils s'en servent pour guérir les distensions violentes dès nerfs ou des muscles, et chaque fois qu'ils en font usage, ils ont soin d'employer le fragment de cette racine qui par sa forme a le plus de rapport avec le membre malade '.

L'efficacité de certaines plantes médicinales se lie à des observances

de la même nature que celles qui sont destinées à des opération- de

sorcellerie. D'après un médecin de Bordeaux. Marcelin- Empiricus,

qui vivait au l\ ' siècle, l'herbe britannique devail être cueillie le jeudi,

au décours de la lune : on devait chanter une fois avant de la cueillir et

trois fois en la broyant ce carmen :

Terrum teneo, herbam leyu In nomine Chrisli pro&t ad quo te collego*.

Des faits assez nombreux montrent que des pratique- apparentées

sont encore d'un fréquent usage : En Béarn le fiévreux va découvrir,

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