CONSULTATIONS PAR LA CHALEUR
met, lun après l'autre, douze grains de blé; en posant le premier, l'on nomme janvier et l'on attend que la chaleur l'ait l'ait crever : si le saut a lieu vers le Peu, le blé augmentera pendant ce mois : s'il santé eu arrière, c'est signe Me baisse; on opère de la même manière pour
les autres mois ; eu Bourgogi i jette les grains -m- des charbons
ardents. Dans les Ardennes on place sur une pelle biea chaude sept grains de blé ; plus il en sautera hors «le lu pelle, moins le blé sera cher. En H au te -Bretagne celte épreuve a lieu le 1 r janvier, et elle est faite sur la « tournent,* • à galettej si le grain saute, le blé sera cher l'année qui vient1.
Kn Provence le procédé Bfel différent; le 'i décembre, .jour de la sainte Barbe, on a coutume dans imites [es maisons de me tire des grains de blé el des lentilles dans des coupes remplies d'eaq qu'on place sur les cheminées : la chaleur l'ait bientôt pousser les grains. On arrange aussi des bouteilles revêtues de toiles mouillées sur lesquelles ou fixe des graines, ; tout cela forme des touffes el des arcs de verdure qui sonl en pleine végétation à la Noël : «m les place à table avec le dessert : ou croil que lorsque le blé de .sainte Barbe pousse bien et conserve sa verdure, la recolle des champs sera belle -.
On tire aussi des pronostics de l'aspect des racines des céréales qui ont germé ; cette pratique «'si sans «Imite plps ancienne que le XVI* siècle, ou elle «'Si constatée par un ilociiiueiil écrit :
Pour eoognoiatre combien vauidra
be quart de bled, il le fauldra Tirer nng grain germé de tenc Et puis compte, sans [dus tenquerre, Combien de racines il aura.
Car autant de soulz il vau|dra.
Les laboureurs de la Normandie faisaient, il y aune centaine d'années, cette consultation, a peu près de la même manière : Ils déterraieul au bout de neuf jours une tige de blé nouvellement levée, et ils regardaient combien elle ollïaii de rarnms; leur nombre était celui des boisseaux que le champ rendrait pour chacun de ceux qu'on avait semés .
L'oignon est employé dans l'esl de la France pour connaître la température de l'année qui va commencer. Dans les Vosges, on prend six oignons, et la veille de Noël, dès qu'on entend sonner la messe «!«• minuit, on coupe chaque oignon pn deqx, après l'avoir pelé, ei l'on
1. J.-B. Tfaiws. Traité des Sup., i. I. p. -J'.n : L. lui H<>\<. Recherches sta \ mandie.p. :;:;o-:rji : N. Rosapelly. lu pays de Bigorre, p. 26; Ladoucette \ii r/es-, p. 417-8: I..-A. Fontaine, in Reo. des Irad. pop., t. V, p 166 Bourgogne : \. Aleyrac. Tmd. des Ardennes, p. ni : Paul s, billot, frai., t. II. .
2. Cte de Villeneuve. Statistique det Bottchesdu-Bhônt, i. lit, p. Il
3. La Pronosticalion des anciens Wtpuréuft, iu Ane. pofitM françoil. Ilild. ala. , t. II, p. 93 ; L. du Bois. Recherches tur la Normandie, p
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creuse chaque moitié en lui donnant l'apparence d'une petite écuelle. On les aligne ensuite sur un meuble, en donnant à la première moitié, le nom de janvier, à la seconde celui de février et ainsi «le suite. Au fur et a mesure qu'on les dénomme, on dépose au fond de chacune une pincée de sel. Pendant huit jours entiers, il est défendu d'y toucher ; après ce délai on regarde : si le sel s'est conservé sec dans une écuelle, le mois auquel elle se rapporte sera sec; si le sel est humide ou fondu, le mois correspondant sera mouillé ou même menacé d'un véritable déluge. Eo Franche-Comté, où le procédé est le même, on a la réponse en examinant ces petits godets au retour de la messe de minuit. Dans le canton de Lauterbourg (Alsace), la nuit de Noël, les gens tracent douze anneaux dans un grand oignon et sèment du sel dans les douze ouvertures qui représentent chacune un mois ; c'est le jour des Rois que l'on a la réponse; les ouvertures où le sel est resté entier indiquent des mois secs, celles où il s'est fondu, des mois mouillés. Dans la Meuse, la consultation est identique, sauf que les grains de sel sont déposés sur douze pelures d'oignons '.
En Haute-Bretagne, on consulte les grandes algues, appelées aussi baromètres, pour savoir le temps qu'il fera ; si la pluie est prochaine, si desséchées qu'elles soient, elles redeviennent molles et humides. Dans le pays de Tréguier, les enfants qui désirent savoir s'il fera beau le lendemain et si les bateaux pourront sortir, tendent à la brise du soir, en le tenant par les extrémités, un ruban de varech à matelas. S'il vibre constamment en produisant un son ininterrompu, le présage est favorable : les sons ininterrompus présagent des vents forts ; si les intervalles des vibrations sonl très irréguliers, surtout si l'intensité du son varie, on peut s'attendre à une tempête prochaine -'.
Dans le sud-ouest quelques herbes sont sensibles à la présence des adeptes de la sorcellerie ; dans la Gironde, ceux qui ont chez eux un pot d'herbe de la Saint Jean [sedum telephium), la voient se tlétrir dès qu'elle se trouve dans le voisinage d'une personne ayant l'ail un pacte avec le diable; en Saintonge, les liges de l'herbe de Saint Jean ou Chasse diable hyperiçum perforalum), liée en botillons et attachée au plancher, s'inclinaient comme si elles s'étaient soudainement fanées quand un sorcier pénétrait dans la maison. L'herbe de la Vierge (Sedum çepœ que l'on attache au plafond dans les campagnes angevines, continue, grâce aux réserves nutritives accumulées dans ses feuilles, à vivre, à végéter et même à fleurir; mais elle meurt aussitôt et se
i. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des llaules-Vosf/e.s, p. 380; Ch. Beauquier. Les Mois r.n. Franche-Comté, p. 139-1 i0 ; P. Histelhuber. in Rev. des Trad. pop.. I. XI, p. Îi68 : II. Labourasse. Vieux us. etc., de la Meuse, p. 188.
-'. Paul Scttillot. in [Homme, t. Ht. p. 590.
CONJURATIONS El PORTE-BON UELR 5f3
dessèche si un sorcier pénètre dans la pièce où elle esl '. Dans l'Albrel, si l'on trouve une cosse de pois bien nourrie qui ait neuf grains ou une feuille de trèfle qui ait quatre lobes et qu'on les porte au bénitier de l'église, toutes les sorcières qui y viendront aux oltices. sortiront les dernières, et le prêtre, s'il veut le dire, leur aura vu une lumière sur la tête. On disait au XVe siècle : quant poix ou poirée boueillent ou pot qui est mis jus du feu, sachiez pour vrav que en cestui hostel n'y a nulles sorcières2.
Plusieurs graines interviennent dans une conjuration destinée à faire venir et à interroger le diable, et elles récompensent sa complaisance. Le domestique d'un recteur de l'Ille-et-Vilaine, qui avait lu le Petit Albert, ayant été transporté en enfer, le prêtre fit apporter par sa servante un boisseau de pois, et il en donnait un à chacun des diables qu'il appelait pour savoir s'il n'avait pas vu son domestique, parce que le diable ne s'en va jamais sans emporter quelque chose. En Basse-Bretagne, un conjurateur faisait aussi l'appel des démons, et distribuait à chacun, pour la même raison, une graine de lin. En Normandie, pour savoir si un parent mort est damné ou sauvé, il faut s'adresser au curé de la paroisse qui lit dans le grimoire et évoque de l'enfer tous les démons. L'intéressé apporte un demi-boisseau de pois; à mesure que les malins esprits se présentent, on leur donne un pois à chacun. La liste s'épuise entin et te dernier diable appelé satisfait catégoriquement à la demande 3.
Un certain nombre de plantes, en raison de particularités assez rares, constituent des porte-bonheur. La croyance à des présages de la trouvaille des trèfle- à quatre feuilles, partagée par des civilisés4, est fort répandue, bille élail courante au XVe siècle : Cellui ou celle qui treuve le treille à quatre fueilles, s'il le garde eu révérence, sachiez qu'il sera eureux et riche toute sa vie. En Lorraine, comme dans le Valois, celui qui le cueille à l'heure de minuit sera bientôt marié. La jeune luetonne qui cherchant des primevères pour savoir si elle se mariera dans l'année, en rencontre une à sept pétales, est assurée de trouver un époux avant l'an révolu. En Poitou, neuf petits pois ronds dans la même gousse font se marier dans le même espace de temps celui qui les trouve ; à Marseille, on les conserve comme porte-bonheur .
1. C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. Il : J.-.M. Nogués. Mœurs d'autrefois en Sa in longe, p. 72; C. Frays*e, in Hev. des Trad. pop., t. XIX, p. 10*>.
2. Abbé L. Dard y. Anthologie de l'Albret, t. II, p. 36;< ; Les Evangiles des Quenouilles, II, 9.
3. R. Le Chef, in Rer. des Trad. pop., t. X, p. 574; A. Le Braz. Lég. de la Mort, t. I, p. 331 ; L. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 319.
4. Au début de la guerre de 1870. une des dépêches de l'Impératrice à Bon mari disait que la petite Malakoll avait trouve un trèfle à quatre feuilles », cl semblait en tirer un bon pré^agf pour l« auccèa de nos arm^s.
j. Les Evangiles des Quenouilles, II, 15; !.. Sauvé, le F.-/., det Boutés- \
En Bàs&e-Bretagne. si des pois mis dans une balance se mettent à danser, c'esl un présage de mort pour quelqu'un de la maison. Les objets en croix sont regardés comme de mauvais présage; en Franche- Comte, il est pour celui qui voit en sortant de la maison deux fétus de paille, ou de petits morceaux de bois que le hasard a placés en croix. ; en Lorraine, le malade dans la chambre duquel.ils se trouvent ne tardera pas à mourir. Dans le M entonnais et dans le pays de Liège, des fétus de paille croisés sur une route pronostiquent la mort; à Liège, la rencontre d'une croix de paille, le malheur1.
Voici quelques augures qui s'appliquent aux biens de la terre: en .Normandie, une mauvaise récolte de haricots annonce le renchérissement du savon, sans doute parce que les ignorants croient qu'il esl l'ait avec ce légume ; en Béarn, une fleur qui s'épanouit seule dans un lieu stérile, présage une moisson abondante. Au XVIIe siècle, pour savoir en quel grain l'année serait fertile, il fallait nettoyer son foyer le soir avant de se coucher, et le lendemain on y trouvait quelque brin de blé, d'orge ou autre2.
Un poète du XVe siècle fait allusion à la croyance d'après laquelle les plantes qui poussent sur une fosse sont en relation avec celui qui l'occupe :
Pourquoy ne croist sur son tombeau Que du chardon qui l'environne?
Un corps qui n'a bu que de l'eau Ne produit herbe qui soit bonne'.
A Menton des plantes épineuses, ou des orties, sont un signe de damnation, des plantes sans épines indiquent que le défunt est au ciel, un mélange des deux au purgatoire. En Lasse-Bretagne, lorsque les Meurs plantées sur une tombe ne fleurissent pas, celui qui y gît esl en enfer*.
Les plantes semblent ne jouer qu'un rôle secondaire dans les songes. Dans le Menlonnais, quand on désire rêver, il faut manger le soir des choux montés. En Franche-Comté, la jeune tille curieuse de voir en rêve celui qui sera son mari doit placer sous son oreiller, avant de se coucher, une feuille intacte de pissenlit :;.
p. 81 : Richard. Trad. de Lorraine, p. 264 ; Lucie de V.-IL, in Hev. des Trad. pop., t. XX. p. 214; B. Souche. Croyances, p. 24; Régis de laColombière. Cris de Marseille, p. 269.
1. A. LeBraz. Lu Légende delà Mort, t. I, p. 26 ; Monnier, in Anlio.,1. IV. p. 398; Richard, Le ; J.-B. Âudrews, iu Hev. des Trad. pop., t. IX, p. 116; A. Harou. ibid., I. XIV, p. 128.
1. L. du Bois, liech. sur la Normandie, p. 350 ; A. de Nore. Coutumes, etc., p. 129 ; J.-U. Thiers. Traité des sup., t. 1, p. 209.
:i. Olivier Basselin. Vaux-de-vire, éd. Delabays, p S.
4. J.-B. Andrews, m Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 117 ; VA'. Bugiel, ibid., t. XIX, p. 429.
;. J.-B. Andrews, iu Het. des Trad. pop., t. IX, p. li.'JS ; Ch. Beauquier. Les Mois en Franche-Comté, p. 129.