MUSIQUES CHAMPÊTRE
introduil par la pointe une partie dans un tuyau de pipe, en soufflant par l'autre bout du tuyau, on t'ait danser le pois et l'épingle. En Haute- Bretagne, lorsque la moelle du gros jonc de marais dépouillée «le son écorce a été coupée à la longueur de sept à huit centimètre-, el pourvue d'un clou, on l'enfonce dans l'eau en mettant en haut la partie où est le clou; celle-ci plus pesante lui fait faire une sorte de culbute '.
Les enfants confectionnent une sorte de petite musique avec les chaumes verts du blé, de l'avoine ou du seigle; ils le coupent au-dessus du nœud et font une incision en forme de languette ; ils lui adressent des formulettes, tantôt engageantes, tantôt menaçantes :
Sonnette, sonnette,
Si tu dis,
Je te donnerai du pain et du lait.
Si tu ne dis pas,
Je te couperai Avec un grand couteau d'acier.
Son, son, sonerez Ma zanzo ar billaoueiez :
Ma ne zones ket mad, Me tlolo ac'hanout dreist ar c'hoad Da glask da vamm ha da dad
Sonne, sonne, sonneuse. — Pour faire danser la chiffonnière. — Si tu ne sonnes pas bien, je t'enverrai par dessus le bois. — Chercher ton père et ta mère2. En Poitou, l'enfant aplatit à un bout le tuyau du pissenlit qui commence à fleurir, et s'il respire fortement, et qu'il ne passe pas d'air entre les lèvres et le bout de ce tuyau, il doit faire entendre un son 3.
En Haute-Bretagne on fabrique aussi des sîfïlets avec des tiges de prêle, et dans divers pays avec le petit ballon qui soutient les pétales des compagnons blancs et des silènes, qui portent des noms conformes à cet emploi ; dans l'Aube, la feuille d'un Iris appelé lame <le sabre, Iris pseudo acorus, placée entre les bases des deux pouces devient un sifflet. La pelure très amincie du poireau, mise dans la bouche entre la langue et le palais sert à imiter le chant du rossignol '•. En Haute- Bretagne les enfants sifflent dans les fleurs de la digitale. Les mousses des environs de Sainl-Malo et ceux de la côte d'Audierne confectionnent des sifflets avec les olives des goémons. Les enfants de Nantes fonl
1. A. Desrousseaux. Mœurs de la Flandre française, t. I. p. 2'3~ : Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. VIII, p. 152.
2. Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 329-330; L.-F. Sauve, in lier. CelL, i. V, p. 174-H5.
3. Léon Pineau. Le F. -L. du Poitou, p. i6t;-4ti: : Cf. aussi A. Desrousseaux. tfarars de la Flandre, t. I, p. 246.
4. Paul Sébillot. Coutumes, p. 42 ; E. Rolland. Flore pop., t. 11. p, 248 : L. Morin, in Rer. des Trad. pop., t. XIII, p. 207, 214.
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avec des queueô de citrouilles des espèces «le trompes qu'ils appellent des vachères ' .
Les petits pêcheurs de la Manche ont un jeu qui est intéressant, puisque si (a pratique musicale qu'il met en œuvre est ancienne, elle a été adaptée à nue invention qui ne remonte guère qu'à un demi siècle: pour imiter le hruit delà machine à battre ils tendent au vent un ruban de flèche, el lui disent en l'approchant de leur oreille :
Si tu résonnes,
Tu auras des pommes, Si tu ne résonnes pas, je te hacherai
Menu comme chair à pâté2.
(»n désigne eu Ille-et- Vilaine sous le nom de chèvre l'assemhlage de plusieurs joncs qui sont attachés soit à une chaise, soit à la ceinture d'une personne, el sur lequel on tire comme s'il s'agissait de traire une chèvre, c'est de la que vient le nom ; cela produit un hruit qui, s'il est peu varié, ne laisse pas que d'avoir une certaine harmonie. Dans nombre de pays de Bretagne on « lire les chèvres » à la Saint-Jean : on pose sur un trépied un bassin de cuivie dans le fond duquel on met m"' clé, el quon arrose avec du vinaigre; on tend dessus des joncs qu'on fait raidir comme les cordes d'un instrument de musique, et on passe les mains dessus avec un mouvement de va et vient analogue à celui de la personne qui trait les chèvres ; la vibration ne tarde pas à se transmet Ire au bassin et à produire un son qui a quelque analogie avec celui de la vielle et qui s'entend de très loin; cet usage existait en Vendée an milieu du XIXe siècle. A Lesneven un jonc est placé entre les dents de deux personnes et est ainsi tendu comme une corde à Violon ; une troisième passe dessus une baguette de coudrier et lui fait rendre des sons \
Une amusette très répandue consiste à faire éclater avec hruit sur I'' front on sur la main les fleurs du coquelicot arrangées d'une certaine te on . beaucoup de noms y font allusion ; les compagnons blancs, les silènes enflés. ]a nielle des blés, servent à des divertissements analogues. Dans l'Aube, les boules blanches qui sont le fruit delà symphorine, lancées avec fore sur le sol, éclatent comme de petits 0DUSî "" faisail accroire autrefois aux enfants qu'en chauffant ces boules on ûbtenail des billes de marbre4. En Haute-Bretagne et dans le
1. Paul Sébillot. Le F.-L. des pêcheurs, p. 40; J. Le Caquet, in Rev. des Trad. /">i>.. t. XVII, p. 696; Uwe e. VaugeoU. Ibid, t. XIII, p. 22