‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 57 sur 491 · LES ANIMAUX RECONNAISSANTS (H · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX RECONNAISSANTS (H

parfois en des fragments de leur personne, grâce auxquels celui qui les possède peut prendre la forme de l'animal qui les leur a donnés1 ; d'autres aident celui qui, lors d'une famine, leur a fourni de la nourriture2. Les bêtes témoignent aussi leur gratitude à ceux qui les ont tirées d'embarras : un renard vient au secours d'un prince qui l'a délivré d'un piège, toutes les fois que celui-ci prononce une formule ; il en est de même du loup blanc d'un conte alsacien qu'un prince a débarrassé d'un serpent ; le loup, le singe et le lion tirés d'une fosse par un homme, le protègent contre un voleur qu'il avait délivré en même temps qu'eux. La reine des souris fait des dons à la jeune fille qui l'a réchauffée mourante, et elle accourt chaque fois qu'elle est appelée. En Basse- Bretagne, un renard, des lièvres secourent l'héroïne ; en Haute-Bretagne, un lièvre joue le même rôle que le renard-âme des contes où le héros adonné la sépulture à un pauvre ; dans un autre récit du même pays, qui se rattache à ce type, le renard secourable est une fée déguisée 3. Parfois le secours donné n'a pas été précédé d'un service : dans des récits de Basse-Bretagne un lion, un lièvre, viennent en aide à un personnage embarrassé ; une biche allaite des enfants. Cet épisode figure aussi dans une légende chrétienne du même pays ; maintenant encore on étend, la veille du pardon, de la paille sous le porche de la chapelle des Sept saints, pour que la biche qui allaita ces sept frères puisse venir y dormir '*.

Dans les contes, le loup est le mangeur par excellence des petits enfants : Poucet et ses similaires sont avalés par lui, et chacun sait que dans le célèbre conte de Perrault et dans la plupart de ses parallèles modernes, c'est cette méchante bête qui, après avoir dévoré la mère grand', prend sa place dans le lit pour croquer le Petit Chaperon rouge 5 ; dans une variante champenoise, le loup, au lieu de manger le Petit Chaperon d'or, n'attrape que son petit chapeau couleur de feu, qui le brûle et le fait s'enfuir en hurlant ; dans un conte wallon, après avoir

1. J.-F. Gerquand, 1. c, l. IV, p. 61, 65, 68 ; Julien Vinson. Le F.-L. du pays basque, p. 84; E. Cosquin, t. I, p. 166 ; t. II, p. 129 ; H. Carnoy. Contes français, p. 215 : Paul Sébillot. Contes, t. 1. p. 62; in Almanach du Phare, 1892. p. 98 ; P.-M. Luzel. Contes, t. II, p. 392; Abbé L. Dardy, Anthologie de VAlbret, t. Il, p. 225.

2. E. Cosquin, 1. c, t. I, p. 38; J.-B. Andrews. Contes ligures, p. 12-13; F.- M. Luzel, 1. c, t. I, p. 75, 111, 280.

3. II. Carnoy, 1. c, p. 261 (Picardie), 97 (Alsace); Paul Sébillot. Contes des Landes, p. 219; H. Caruoy, 1. c, p. 145-146 (Normandie); F. -M. Luzel, 1. c, t. I, p. 332, 355; Paul Sébillot. Litt. orale, p. 58; Contes de la Haute-Bretagne, 1892, in-8, p. 3-4.

4. F.-M. Luzel. Contes, t. I, p. 354, 355, t. II, p. 33; Légendes chrétiennes, t. II, p. 254; Robert Oheix. Bretagne et Bretons, p. 63.

5. E. Cosquin, t. Il, p. 147; Henry Carnoy. Contes français, p. 163 (Berry) ; J.-B. Andrews. Contes ligures, p. 136: Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 95. (Catalogue des versions publiées jusqu'en 1894).

M LES MAMMIFÈRES SAUVAMES

mangé la mère grand', il met la petite fille dans un sac, mais elle parvient à lui échapper, cl même plus tard à le tuer1.

Plusieurs saints contraignent dos fauves à remplacer les chevaux ou les bœufs qu'ils ont dévorés. Cette donnée, fréquente dans les récits du mi .yen âge, se retrouve dans quelques-uns de ceux recueillis de nos jours : saint Thégonnec attèle à la charrette qu'il employait à la construction de son église le loup qui avait mangé son cheval ; saint Envel oblige un de ces carnassiers à remplacer l'âme qu'il avait dévorée Au moyen âge, L'ours remplissait ce rôle forcé presque aussi souvent que le loup ; il ne figure plus dans la légende dorée contemporaine, mais le héros basque Hamalau, prend un ours, le ramène par l'oreille et l'attelle à son chariot. Saint Hervé devenu aveugle était guidé par un loup, et saint Odon de Cluny en avait un pour l'accompagner dans ses expéditions nocturnes2.

L'homme arrive, au moyen de ruses, à triompher d'animaux souvent plus forts que lui ; un militaire avisé, un rémouleur, un marchand de peignes de buis, un bûcheron parviennent à se débarrasser du loup ou même à le tuer'; Un récit de la Belgique wallonne présente un épisode intéressant: un ménétrier rencontrant un loup, se met, après avoir essayé plusieurs moyens de l'écarter, à jouer du violon, elle loup disparaît parce que l'archet fait une croix dont le signe seul' suffit pour chasser les mauvais esprits; en Haute-Bretagne, des musiciens sont aussi préservés desloups, mais dans des circonstances qui excluent l'idée de la puissance de la croix : un loup s'élançait sur un violoneux dès que celui-ci cessait de jouer, et le son d'un biniou mit en fuite une bande de ces bêtes qui assiégeaient l'arbre sur lequel le musicien s'était réfugié4 Un boqu.llon du pays de Saint-Pol ayant échaudé un loup qui était venu dans sa cabane, celui-ci s'enfuit, et le lendemain, il assemble les autres loups qui font la courte-échelle pour arriver jusqu'à l'homme

1. Ch. Marelle . Affenschwanz, p. 42; Jean Martin, in Wallonia, t. I p 49

2. 1 Duine, in Rev des Trad. pop., t. XVIII, p. 471; Moyzan ibik, t. XIX p 440 cf. sur ce thème Maury. Les Légendes pieuses, p. 250; L. Duval. Du rôle de s Traditions populaires dans la protection des animaux, p. 71 ; J -F Cerauand Lénel des du pays basque, t. III, p. 46. F ' ^ercI"and. Legen-

3. E Cosquin -Contes, t. I, p. 28-29; J. Fleury. Littérature orale de la Basse- Normandie p 193 ;J. F. Bladé. Contes de Gascogne, t. III, p. 55; H Carnov Lilt. orale de la Picardie, p. 157 et suiv. ; Au-. Gittée et A I èmnin* rw wallons, p. 152 : M. Camélat (Lavedan), in Mélusine, t X col A272Lem°ine- Conles

4. François Renkin, in Wallonia, t. III, p. 23; Paul Sébillot. Trad t II p 109- Contes, t. Il p. 338. Il existe à Médréac une croix des Sept Loup T érigée par un voyageur qui, ayant fait un vœu, tue successivement un na™ TIk"! a P, rPau. Sébillot. Petite Légende, dorée de la Uaute^lg^, ^-5 ^ Saïte fcéparade une pierre grossière représente un loup cervier en mémoire d autant

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