‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 65 sur 491 · LES DAUPHINS · texte numérisé non relu

LES DAUPHINS

rent et le tuent. A Etigny, un sobriquet et un tableau dans l'église commémoraient une aventure semblable1.

Le folk-lore de ces animaux est assez restreint en France, où quelques espèces seulement se montrent sur les côtes. Plusieurs de celles qui les fréquentaient autrefois ont à peu près disparu ; aussi le dicton du Midi « Dieu nous garde du bruit de la baleine » n'est guère qu'une survivance2.

Aucune légende ne parle de leur création ; mais d'après les marins de la Manche, la baleine a subi, postérieurement à l'origine des choses, une transformation : la gorge lui a appetissé depuis qu'elle a englouti Jonas, et maintenant elle ne peut avaler un poisson plus gros qu'un hareng3.

L'antique tradition qui faisait du dauphin un ami de l'homme s'applique aux environs de Toulon à une famille apparentée : on n'y tue pas les marsouins parce que l'on assure que quand un homme est menacé par un requin, ils se placent entre lui et le terrible squale. On prétendait au XVIe siècle que le veau marin aimait les hommes, comme le dauphin. Pline qui raconte nombre de fables sur l'affection des dauphins pour l'homme, dit que sur le littoral de Nîmes ils péchaient de concert avec lui, lorsqu'un nombre infini de muges se précipitaient dans la mer au moment du reflux par l'étroite ouverture qui mettait l'étang de Latera en communication avec elle, et ils arrivaient bientôt dans un endroit où il n'était pas possible de tendre des filets. Le peuple venu sur lerivage appelait à grands cris Simon c'était le nom familier du dauphin) les dauphins accouraient, coupaient aux muges la route de la mer, les pêcheurs tendaient leurs filets, et les dauphins fondaient sur ceux qui s'échappaient, les tuaient et attendaient pour les dévorer que la pêche fût terminée. Dans le Mentonnais on attribue à ce cétacé des actes quasi humains, et on dit qu'il pleure quand on le frappe. C'est à cette idée que se rattache ce trait rapporté par Guillaume Bouchet : Croiriez-vous bien que si on trouve un Dauphin prins aux rets où il mange les poissons prins, qu'on ne luy fait aucun mal, mais que seulement on le fesse et on le chastie comme on feroit des petits enfans*.

Il est rare que des êtres anthropomorphes se présentent sous l'ap-

1. Paul Scbillot. Contes, t. II, p. 336; J.-F. Bladé. Contes, t. III, p. 161: C. Moiset. Dictons et sobriquets de V Yonne. Auxerre, 1889, in-8°, p. 9.

Page 1