‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 71 sur 491 · POURQUOI LES CHIENS SE FLAIRENT · texte numérisé non relu

POURQUOI LES CHIENS SE FLAIRENT

de ce que les hommes, au lieu de manger les os comme autrefois et de leur laisser la viande, ne leur donnaient plus que les os, remirent au roi des chiens une supplique écrite afin qu'il la fît parvenir au juge suprême. Malheureusement, il laissa tomber le précieux papier dans une marmite de bouillon; pendant qu'il séchait, un chien qui passait saisit l'écrit, l'avala, et jamais l'on n'a pu parvenir à le rattraper et à le reconnaître. Une vieille mendiante des Côtes-du-Nord racontait qu'au moment du déluge, les chiens de grande famille, possesseurs de parchemins, les attachèrent à la queue du meilleur nageur de la bande; il se noya; mais les chiens nobles espèrent toujours retrouver leurs titres, et c'est dans cet espoir qu'ils flairent ceux qu'ils rencontrent1.

Une autre habitude caractéristique des chiens a aussi suggéré des explications. A une question facétieuse faite par son maître, Tabarin répond que si les chiens lèvent la patte, lorsqu'ils sont près d'un mur, c'est afin de l'appuyer s'il venait à tomber. En divers pays de France, on dit que tel est en effet leur but, depuis qu'autrefois toute une troupe de chiens qui arrosaient une muraille furent écrasés par sa chute ; c'est à la suite de cet accident que les mères chiennes ont appris ce geste à leurs enfants2.

Une légende du Finistère raconte pourquoi les chiens se plaisent à inonder la porte des églises. Jadis ils y entraient avec leurs maîtres, mais ils devinrent si nombreux qu'ils prenaient la place des chrétiens, et on institua les bedeaux pour les chasser. Humiliés, les chiens se plaignirent aux curés, mais n'ayant pas été écoutés, ils décidèrent d'envoyer un des leurs en ambassade à Rome ; et comme les anciens lui demandaient par quel moyen il retrouverait son chemin, il leur expliqua qu'il lèverait la patte contre les arbres, les tas de pierres, etc., et qu'en revenant il reconnaîtrait sa route. Comme au bout d'un an, il n'était pas de retour, on députa un autre chien qui, en sentant les endroits arrosés par son prédécesseur, arriva à Rome. Il fut bien reçu par le pape, qui lui répondit que cela regardait le bedeau. Lorsque, de retour en France, il eut rendu compte de son ambassade, les chiens décidèrent que, pour se venger de ce que l'entrée de l'église leur était interdite par les bedeaux, ils lèveraient désormaient la patte contre les portes des églises 3.

Voici, suivant les paysans du Rouergue, à la suite de quelle circonstance les chats ont pris l'habitude de se secouer après avoir mangé:

i. Amé Demeuldre, in Revue des Trad. pop., t. III, p. 97 ; Alfred Harou, ibid., t. IX, p. 165-6; Lucie de V.-H., ibid., t. XIV, p. 379.

2. Tabarin. Œuvres complètes, t. I, p. 45; P. Guyot-Daubès, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 578; cf. I<> dicton : Tu ressemble les grands chiens, tu veux |>ijser contre les murailles. (Comédie des Proverbes, acte III, se. 7).

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