LA FÉCONDITÉ
troupeaux aux puissances célestes, et ils ont des observances analogues à celles usitées quand il s'agit de celui de leur propre famille. Ils les conduisent à des pèlerinages, qui sont surtout nombreux en Basse-Bretagne. Les eaux de plusieurs sources réputées pour assurer la fécondité des femmes sont également efticaces pour les bestiaux. On a vu, t. II, p. 289-290, qu'au XVIIIe siècle, on avait coutume d'arroser les parties génitales des chevaux et des juments avec l'eau d'une fontaine située près de Plérin, dans la partie française des Côtes-du- Nord. Cette aspersion est encore en usage sur plusieurs points de la Bretagne ; au pardon de saint Herbot au Guerlesquin (Finistère), patron des juments, on les amène à la fontaine voisine de sa chapelle, et c'est le bedeau, qui, moyennant deux sous, y remplit une écuelle dont le maître de la jument lance le contenu sous la queue de sa bête. La source de Saint-Avaubourg, près de Saint-Léger sous Beuvray, supprimait la stérilité des animaux domestiques ; la Fontaine de Beurre près de Férel (Morbihan), rend les vaches fécondes '.
On croyait autrefois que des gens, pour nuire à leurs ennemis, pouvaient rendre stériles les cavales, les brebis et les chèvres2. On verra plus loin des pratiques qui sont destinées à neutraliser ce maléfice.
Les périodes de l'année et le cours des astres influent sur la fécondation des bêtes et sur la bonne venue des produits qui en résultent. En Ille-et- Vilaine, on ne doit pas mener les vaches au taureau certains jours; les plus observés s'appellent les Tr écoles : ce sont les trois premiers jours de mai, ou les trois derniers, ou les trois du milieu du mois ; les veaux qui naîtraient à la suite de cet accouplement seraient tortus ou bossus. Dans le Loiret, la vache restée jusqu'alors stérile est à peu près certaine de concevoir le premier vendredi de la lune ; en Anjou, la conception des mâles a lieu pendant le croissant ; dans le Puy-de-Dùme et dans le Finistère, les veaux mâles sont conçus en vieille lune3.
Les personnes chargées de conduire la femelle observent parfois des pratiques bizarres, et ont même recours à des espèces de conjurations, qu'elles croient pouvoir influer sur la réussite de l'acte auquel elles vont présider. Dans la Beauce, au commencement du XIXe siècle, on avait soin, avant de partir, de mettre du sel dans sa poche afin de préserver la vache du berger qui aurait pu lui jeter un sort et l'empêcher de retenir. Dans l'Yonne, la femme qui mène sa truie doit être à jeun, tourner la poche de son tablier à l'envers, et ne cesser de répéter tout
1. Comra. de M. Yves Sébillot (1904); L. Lex. Le Culte des eaux en Saône-et- Loire, p. 31 ; G. d'Amézeuil. Récils bretons, p. 139-140.