LE LAIT
Le lait joue un rôle trop considérable dans l'alimentation des hommes et des bêtes, et aussi dans le bien-être des fermiers, pour ne pas être 1 objet de nombreuses observances. Le nom de la Fontaine au Beurre à Ferel, dans le Morbihan gallo, vient de la propriété que lui attribuent les paysans de donner aux vaches un lait abondant et qui produit le beurre le plus fin et le plus jaune de toute la Bretagne. Plusieurs fontaines de Saune-et-Loire sont à la fois efficaces pour les animaux et pour les nourrices3. F
La production du lait peut être influencée en bien, et surtout en mal par des actes accomplis en dehors de l'étable. On prétendait en Brie que les vaches donnaient plus abondamment le lait quand, le premier jour de mai, on en avait laissé manger à discrétion aux gens de la maison. Dans le Loiret, pour qu'une vache qui vient de faire son premier veau soit bonne laitière, il faut exposer sur l'autel de la Vierge, sans lavoir pesé, environ une livre de beurre fait avec son
Au XV* siècle, des herbes, même sans être mangées, influaient sur la production du lait : Femme qui désire que ses vaches donnent chascune autant de ait comme celles de ses voisines, elle doit par chascun jour son va.ssel à moudre froter de bonnes herbes cueillies sur la nuit de
P V- Sn'rJp teciaSSeUr fraTis<r juin 1904 ; Lé0 Desaivre- Croyance», etc , p. is Jehan de la Chesnaye, in Hev. des Trad. pop., t. XVIII p 463
Dard/"!/6, T"- LI ?Z,Ber9er' Ch' XLVI ï B Souché- ^erol: etc p ,0 ■ uardy. Anthologie de l'Albrel, t I p 241 P'
iof;eCpd5AméZeUi1' RéCitS brel°nS< P' ,39'"L- L«- ^ Culte des eau, en Saône-et-
4. Ladoucette. Mélanges, p. 419; E. Rolland. Faune pop., t. V, p. 103.
sainct Jehan tandis qu'on sonne nonne.... Qui metteroit ces herbes deseure l'uys de l'estable où les vaches couchent en disant: Que Dieu les sauve el saincte Bride, elles donneront lait tousjours de bien en mieulx. Deux cents ans plus tard, on frottait les pieds (sic) des vaches, des truies, des cavales, etc. avec un certain simple qui devait avoir été cueilli ce même jour avant le soleil levé. Dans le Loiret, c'est avec de la rosée de mai qu'on frotte le pis des laitières le matin du premier mai. En Poitou, pour que la vache se laisse traire sans difficulté, on doit lui faire boire le premier lait que l'on tire après qu'elle a vêlé1.
Certaines circonstances peuvent amener le tarissement des vaches : il se produit en Poitou si on les trait sur la litière, en Haute-Bretagne si elles ont été mises dans une maison bénite ; dans le Tarn, si on laisse tomber le lait à terre et qu'on mette le pied dessus, ou si on le renverse dans le feu2. Suivant la croyance la plus répandue, lorsqu'elles cessent sans cause apparente de donner du lait, ou qu'il se présente sous un aspect anormal, elles ont été l'objet d'un maléfice. Il y a longtemps que l'on accuse les sorcières de s'adonner à ces pratiques coupables ; c'était au XVII0 siècle une de leurs malfaisances habituelles :
Elle sçavoit par artifice
Nouer l'aiguillette et bien pis
Elle iaisoit tarir le pis
Tant des asnesses que des vaches 3.
Quelques-uns de ces actes s'accomplissent à l'intérieur des maisons ou dans l'étable même ; au XVIIe siècle, une herbe séchée à la cheminée amenait le tarissement des vaches. On attribuait autrefois, dans les environs de Sarrebourg, à certaines gens la puissance de soustraire le lait d'un village à un autre ; on les avait vus le recevoir dans un seau en trayant le cramail de la cheminée. En Auvergne, des personnes peuvent, rien qu'en entrant dans l'écurie et en regardant la vache, faire passer son lait chez elles ; lorsque celle qu'on soupçonne est partie, il faut prendre une touffe de poil de la bète et la cacher dans un trou du mur \
Ainsi qu'on l'a vu, t. II, p. 373, plusieurs de ces pratiques sont en relation avec les eaux ; mais des femmes ont recours à d'autres sortilèges pour détourner la crème d'autrui : en Anjou, elles doivent opérer le 1er mai, avant le lever du soleil ; elles traînent avec une ficelle leur couloir (filtre à lait) en disant à mi-voix : « Lait et beurre, viens tout chez moi, et rien chez mes voisines. » Aux environs de Quintin
1 . Les Evangiles des Quenouilles, V. 6. Il était bon aussi que la vache fît trois fois le tour du taureau avant l'accouplement, ibid., 7; J.-B. Thiers. Traité des Superstitions, t. I, p. 371 ; E. Rolland. Faune pop., t. V, p. 102.
2. Léo Desaivre. Croyances, etc., p. 23; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 32; A. de Chesnel. Usages de la Montagne noire, p. 372.