LE CHAT ET LE CHIEN
sous peine de leur enlever leur force ; en Poitou arracher des crins à la queue d'une jument pleine la fait avorter; au XVIe siècle on disait que pour empêcher une jument d'entrer en chaleur, il suffisait de lui tondre le crin l.
On sait que l'on met le nez du chat dans ses ordures pour l'empêcher de les renouveler ; ce procédé était connu au XVe siècle, où on l'appliquait à un autre défaut : Qui tient un chat larron, et il est pris en présent meffait, l'en lui doibt frotter son museau à ce quil a dommagié, et par trois fois, et jamais plus ne s'i vouldra rembattre 2.
En Poitou, pour qu'un chat soit bon, il faut qu'il ait été volé; en Haute-Bretagne, qu'il soit voleur ; dans le Limbourg belge, celui qui a tué son chat doit, s'il veut en garder chez lui, le payer avec de l'argent, et non le recevoir gratuitement3.
Quelques superstitions se rapportent au caractère égoïste ou hypocrite attribué à ce félin : Si l'on en donne un à un ami, on est sûr de se brouiller avec lui. En Provence, on recommande aux enfants de ne pas jouer avec les chats qui sont les serviteurs du diable. On les a aussi accusés de malfaisances et de méchanceté : au XVI' siècle, un illustre chirurgien adoptait encore cette croyance : Je diray davantage que le Chat est une beste pernicieuse aux enfans au berceau, parce qu'il se couche sur leurs visages et les estouffe. Actuellement on dit dans le Finistère qu'il s'étend sur leur poitrine \ Dans la Creuse on établit un parallèle entre le chien et le chat: ami fidèle de son maître, le chien se réveille trois fois par nuit pour veiller sur lui, tandis que le chat se réveille trois fois pour l'étrangler. Dans l'Albret, comme au reste en d'autres pays, le chat aime la maison et le chien le maître s.
Suivant un proverbe poitevin, l'âne garde longtemps un coup de pied à son maître, c'est-à-dire, il a beaucoup de rancune. Dans le Doubs, celle du mulet dure sept ans, disent les uns, trente ans, disent les autres ; une anecdote rapportée par Béroalde de Verville constate cette croyance : après un assez long espace de temps, un mulet apercevant le « siffleur » qui l'a châtré le poursuit avec acharnement6. Le chat se venge aussi quand on lui a fait du mal ; quelquefois il se contente de
i.E. Rolland, t. IV, p. 194 ; B. Souche. Proverbes, p. 7 ; Jean Bouchet. LesSerées, XI.