SURNOMS ET SOBRIQUETS
par son nom, s'applique rarement à ceux qui sont domestiqués ; cependant les Dieppois défendent de parler de chat sur leurs barques1.
Comme les bêtes sauvagos, quelques animaux domestiques ont une sorte de nom de baptême qui précède leur désignation d'espèce ; Bernars li asne n'est plus usité 2; Martin l'àne, qui était connu au XVIIIe siècle3, a été remplacé par l'àne Martin, surtout dans les chansons, ou par Martin tout court. Jean Lapin ou Jeannot est toujours populaire. Robin Mouton est encore en usage, en Haute-Bretagne, comme au XVIe : Voyez ce mouton-là, il a nom Robin comme vous, Robin, Robin, Robin, bes, bes, bes, bes. A la belle voix i.
Le cochon est désigné par un assez grand nombre de sobriquets sous lesquels il n'est pas toujours aisé de le reconnaître : un conte du XVIe siècle nous a conservé un exemple des méprises auxquelles certaines de ses appellations pouvaient donner lieu : Deux cordeliers logés chez un boucher, entendant celui-ci dire à sa femme « Mamye, il me fault demain lever matin pour aller veoir noz cordeliers, car il y en a un bien gras, lequel il nous faut tuer, » se sauvent tous deux, croyant qu'on veut les égorger 5. Celte qualification, qui faisait allusion à la vie oisive des moines et à leur physique florissant, n'est plus connue ; mais on se sert encore de termes facétieux qui rentrent dans un ordre d'idées voisin ; on peut citer : monsieur, noble, bourgeois, — ce dernier terme est populaire à Porrenlruy dans la Suisse romande0 — que l'on retrouve dans un grand nombre de départements ; syndic, usité sur les bords de la Manche ; Rohan, en Haute-Bretagne ; Mab Rohan, fils de Rohan, dans le pays bretonnant, semblent avoir aussi un sens péjoratif, comme Anglais, qui se dit dans quelques parties des Côtesdu-Nord. Dans le Loiret, le cochon est appelé l'hûte ; en Picardie : oûhaid'saint Antone; en Wallonie : oisieu de saint Antoine, compagnon de saint Antoine, plus souvent usité, rappellent ses accointances avec le célèbre ermite. Ses poils désignés sous le nom de soies, ont inspiré des jeux de mots : le cochon est l'habillé ou le vêtu de soie, terme qui a des formes dialectales nombreuses, telles que : vêtu d'sé en Normandie, vestid de sedo dans le Gard, habiî d'sôïe en Wallonie ; en Rouergue, on l'appelle : sereno de courtil, sirène de basse-cour, à cause de ses cris bruyants. L'àne a des sobriquets qui se rattachent au même ordre d'idées : au XVIIe siècle il était qualifié : Sereine de moulin ; en Wallonie, on le nomme : Ràsquignou à longues orèie, rossignol aux longues