Ronsard. Œuvres, t. VI, p
présage, on s'attire des disgrâces en donnant celui qui est né dans la maison. Ce félin a plus souvent encore une influence funeste : en Provence, il porte malheur à celui qui le rencontre à minuit ; en Lorraine sa vue, le matin, est de mauvais augure; en Auxois, on redoute do le voir dans la maison où l'on entre, et un peu partout on lui attribue des accointances diaboliques1. Le chien noir est aussi regardé avec crainte : celui qui, en Normandie, en aperçoit un le malin en sortant pour la première fois, doit retourner sur ses pas, Bans terminer aucune affaire; au XVIIe siècle, on tirait des présages de l'arrivée d'un chien noir dans une maison étrangère ; en Poitou, celle dans laquelle il entre a quelque accident à craindre 2, et l'on verra plusieurs fois des exemples de la répulsion qu'il inspire. En Corse, la naissance d'agneaux noirs avec une tache blanche à l'épaule gauche ou à la droite, pronostique la mort d'un membre de la famille du berger ou de celle de son maître. Un agneau noir est considéré, dans la Cote d*Or, comme de fâcheux présage 3.
Le rôle augurai des cris des animaux est encore considérable. Le hurlement des chiens est pour beaucoup d'habitants des campagnes et même des villes un sujet de terreur, comme au XVe siècle, où l'on disait : Quant on oit chiens uller, on doit estoupper ses oreilles, car ilz apportent mauvaises nouvelles. Ils pronostiquent surtout le trépas, et si on a un parent alité au logis ou même au loin, on dit parfois qu'ils aboient sa mort; dans les Ardennes, le chien qui hurle avec obstination devant une maison est l'avant-coureur d'un décès, lors même que personne n'y serait indisposé 4.
Eu Poitou, la bergère dont le chien aboie en rêvant se croit assurée de voir le dimanche suri amoureux venir du côté où il a la tête tournée. Le hennissement du cheval est généralement regardé comme favorable ; au XVe siècle, alors qu'on se bouchait les oreilles en entendant un chien, on disait au contraire : On doit oyr le cheval crier et haynir. Lu Wallonie le cheval qui hennit annonce du beau temps5.
Dans les Alpes vaudoises les amoureux tirent des présages du cri des animaux à Noël : celui qui, la veille de cette fête, entre onze
i. C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 108 ; Mmc E. Vaugeois, in Revue des Trad. pop., t. XV, p. 584 ; Mistral. Trésor ; F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 31 ; Daniel Bourchenin, in Hev. des Trad. pop., t. VI, p. 738 ; A. Body, in Wallonia, 1900, p. 81; Régis de la Colombière. Les cris de Marseille, p. 274 ; Richard. Trad. de Lorraine, p. 78 ; E. Rolland. Faune pop., t. IV., p. 112.
2. A. de Nore. Coutumes, p. 268 ; J.-B. Thicrs. Traité des Sup., t. 1, p. 211 ; Léo L)e?aivre. Croyances, p. 4.
6. i. Agostini, in Hev. des Trad. pop., t. XII. p. 516. E. Rolland. Faune pop., t. V. p. 170.
4. Les Evanç/ilei des Quenouilles, III, 9 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 183.
5. li. Souche. Proverbes, p. 6; Les Evangiles des Quenouilles, III, 9 ; E. MonBeur. Le Folklore wallon, p. 112.