‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 95 sur 491 · LES RENCONTRES · texte numérisé non relu

LES RENCONTRES

cheval ou d'un âne lorsqu'ils se rendent à leur bateau. En Périgord, la venue fortuite d'un chien annonce l'arrivée prochaine d'un ami, ou le rétablissement du malade auquel on s'intéresse. Au XVIIe siècle, la chèvre vue le matin présageait du bonheur. En Wallonie, on dit que si un chat vient se faire caresser par une personne qu'il ne connait pas, celle-ci sera certainement trahie ; si c'est un chien au contraire, elle peut compter sur la fidélité de son ami ou de son amie1. Le chat, par sa seule présence, exerce une sorte de fascination. On croit en Anjou que s'il entre dans la boulangerie pendant que la pâte est dans les paniers, elle ne lève pas, cuit mal ou fait de mauvais pain. Les marins d'Audierne prétendent qu'il porte malheur au bateau dans lequel il se trouve ; les pêcheurs de la Manche bretonne se hâtent de rentrer chez eux, dans la crainte de quelque fâcheuse aventure, si en sortant la nuit pour aller en mer, ils en rencontrent un ; ceux de l'île de Houat (Morbihan) n'aiment pas à le voir, même en jour ; d'une manière générale en Haute-Bretagne, le chat et le chien portent malechance à ceux qui s'embarquent pour la pêche2.

Ronsard, qui semble avoir eu pour le chat une aversion marquée, a réuni dans un petit poème plusieurs des idées populaires courantes k son époque, qui n'ont pas toutes été relevées depuis:

L'uq disoit que bon signe c'estoit

QuaDd un Chat blanc son maistre reflatoit,

L'autre disoit que le Chat solitaire

Estoit la fin d'une longue misère.

Et lors fronçant les plis de mon sourci

La larme à l'œil je leur respons ainsi :

« Le Chat devin miaulant signifie

Une fascheuse et longue maladie,

Et que longtemps je gardray la maison

Comme le Chat qui en toute saison

De son seigneur le logis n'abandonne J. »

Les animaux de couleur noire sont l'objet de plusieurs croyances ; c'est au chat noir que s'attachent les plus nombreuses. Dans la Gironde et la Loire-Inférieure il est considéré comme la bête du bonheur et aussi comme celle du diable, et, de même que dans le Midi, il assure la chance à l'habitation dans laquelle il se trouve ; en Béarn il préserve du sorcier, en Wallonie où la possession d'un chaton de cette couleur est d'un bon

1. L. Hock. Croyances, etc., p. 218; A. Desrousseaux. Mœur; de la Flandre française, t. Il, p. 284; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 182: Richard. Trad. de Lorraine, p. 222 ; E. Monseur. Le Folklore wallon, p. 15 ; A. Hock, I. c, p. 89 ; E. Monseur, 1. c, p. 12; Paul Sébillot. Le F.-L. des pécheurs, p. 186; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 67 ; J.-B. Thiers. Traité des Superst. t. 1, p. 209 ; 0. Colson, in Wallonia, t. 111, p. 66.

2. G. de Launay. in Rev. des Trad. pop., t. VIII, p. 94; Paul Sébillot. Le Folk- Lore des pêcheurs, p. 194, 185-186.

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